Alors qu’Hitler mène depuis plusieurs années une politique antisémite, et d’expansion du troisième Reich avec notamment l’annexion de l’Autriche en mars 1938, également appelée l’Anschluss, les Français ne semblent pas couper les ponts avec l’Allemagne nazie. En ce 9 juillet 1939, au circuit Reims-Gueux, les Français ne semblent pas choqués de voir le drapeau nazi flotter au côté du drapeau français. C’est d’ailleurs un Allemand, Hermann Paul Müller qui remportera la course. (Grand prix à Reims 1939, Anonyme) Environ 2 mois plus tard, le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie envahit la Pologne et le 3 septembre, la France ainsi que la Grande Bretagne entrent en guerre. S’en suit jusqu’au printemps 1940 une drôle de guerre, une guerre sans combat. Pourtant, après avoir fait plier différents pays de l’Europe du Nord comme les Pays-Bas, la Belgique, la Norvège et le Danemark, l’armée allemande avance rapidement vers le Nord de la France. Afin d’échapper à l’ennemi, les habitants sont contraints de fuir et de prendre les routes en direction du Sud. Entre 8 à 10 millions de personnes fuient, chargés de leurs affaires et meubles. Pour ceux ayant de la famille dans le Sud, ils ont la possibilité de se loger. Ici, la famille de Marcel Roung arrive à Bourgueil, en Touraine chez une tante. Après l’exode, ces derniers retourneront à Nancy. En revanche, pour d’autres, ils arrivent dans une région sans attache, sans logement et sans savoir combien de temps cette situation va durer. Ce n’est que lorsque l’armistice est signé le 22 juin 1940 que les familles peuvent enfin rentrer chez elles.

Marcel Roung (1909-1998), Souvenirs d'exode, 1940 environ, films 9,5 mm © Alain Broisat, Image'Est
Durant la guerre, l’armée allemande se bat sur plusieurs fronts, notamment en Russie et en Italie. Leurs combats sont filmés par des correspondants de guerre afin de montrer à la population allemande, ainsi qu’aux alliés une société allemande et une armée sereine, qui ne souffre pas de la guerre. Ces images ont évidemment un biais. Dans le journal hebdomadaire allemand, la société allemande semble profiter de diverses loisirs tels que des courses hippiques. Ces films montrent également l’éducation et l’art à l’allemande, une sorte de propagande, en montrant une société éduquée et avec une culture artistique.

Anonyme, Actualités de guerre : Italie et Front russe, 1945 environ, film 16 mm © Archives départementales des Ardennes, Image'Est
Durant les dernières années du conflit, certaines régions ont été plus durement touchées par la destruction. C’est le cas du Nord Est de la France, avec des villes comme Saint-Dié dont trois quart ont été détruit, Epinal ou encore La Bresse qui ont été quasiment détruits. Lors des replis de l’armée allemande, les soldats pratiquaient la politique de terre brûlée, c’est-à-dire qu’ils détruisaient, brûlaient un grand nombres d’habitations mais également des bâtiments comme la cathédrale de Saint-Dié qui a été dynamitée.

Joseph Danion, Ruines et deuils ou les Vosges sinistrées, 1945, film 16 mm © Culminique, Image'Est
Après le débarquement du 6 juin 1944 et l’avancée des troupes américaines, la région se libère peu à peu de ses occupants aux termes de combat dans les rues. Dans de nombreuses villes, comme à Remiremont, les soldats allemands cherchent à quitter la ville afin d’échapper aux troupes américaines, ainsi qu’aux groupes de résistants. Ceux n’ayant pas réussi à fuir combattent dans les rues contre les américains. Une fois la ville libérée, le 23 septembre 1944, les habitants cherchent à retirer toutes les traces de l’occupation, en enlevant les panneaux en allemand.

René Menigoz, La Libération de Remiremont (Vosges), 1944, film super 8 © René Ménigoz, Image'Est
Cependant, la libération de la région ne signifie pas pour autant que la paix est revenue. En effet, un jugement populaire se met en place contre ceux qu’on accuse d’avoir collaboré avec l’ennemi. Pour les femmes accusées, la sentence est humiliante. Ces dernières sont tondues sur la place publique, aux yeux de tout le village, comme c’est le cas à Commercy, peu après la libération de la ville le 31 août 1944 où des femmes sont tondues au kiosque de l’Hôtel de ville.

Jean-Pol Charlier, La Libération de Commercy (Meuse), 1944, film 8 mm © Geneviève Boura, Image'Est
A côté de ça, l’humeur est plutôt à la fête dans les rues avec de nombreux défilés, notamment avec les troupes américaines et véhicules militaires pour fêter la libération de la région, comme par exemple à Monthureux-sur-Saône, ou encore à Toul. Une fois la guerre terminée le 8 mai 1945, les célébrations continuent comme à Reims où toute la ville est en effervescence.

Lucien Beauchard, Défilé de la Victoire à Reims (Marne), 1945, film 9,5 mm © Catherine Beauchard, Image'Est

Jean-Pol Charlier, 1er anniversaire de la Libération à Commercy (Meuse), 1945, film 8 mm © Geneviève Boura, Image'Est
Après les célébrations vient la reconstruction des villes. A Colmar, en 1946, la vie reprend son cours. L’Alsace, qui dès le 17 juin 1940 avait été annexée et avait subi une forte répression de la part de l’ennemi, ainsi qu’un service militaire obligatoire. Colmar est la dernière ville alsacienne à être libérée.

Jean Harmand, Colmar (Haut-Rhin) et Alsace après-guerre, 1946 environ, film 9,5 mm © Denis Harmand, Image'Est
C’est le cas également de la ville de La Bresse qui avait été durement touchée par la guerre. En 1948, le temps est la reconstruction de la ville. Des cabanes provisoires sont mises en place afin de loger les habitants.

Marcel Grosjean, Reconstruction de La Bresse (Vosges), 1948 environ, film 9,5 mm © Bernard Grosjean, Image'Est
Cette période de reconstruction et cette volonté d’aller de l’avant ne doit pas entacher le souvenir de ceux qui sont morts pour la France. Dans cette même ville, un monument à la mémoire des « camarades morts pour la France dans les bagnes nazis » est mis en place. Ce souvenir est évoqué lors de discours, comme lors de la visite officielle du général De Gaulle à Nancy le 31 juillet 1948. Ce dernier rend également hommage aux populations lorraines.

Marcel Roung (1908-1998), Le Général de Gaulle à Nancy (Meurthe-et-Moselle), 1948, film 9,5 mm © Alain Broisat, Image'Est
Le maréchal Juin, un des grands chefs de l’Armée de Libération se rend à Nancy en 1952 durant une cérémonie militaire.

Charles André (1909-1982)-, Paul Bréard (1909-1976), Le Maréchal Juin à Nancy (Meurthe-et-Moselle), 1952 © Philippe Bréard, Image'Est
Après 1945, l’Allemagne est répartie en 4 zones entre les Alliés. La zone d’occupation française comprenait par exemple la ville de Fribourg-en-Brisgau. Tout comme la France, une partie de la ville est en ruine.
Achille-Paul Marcwalter (né en 1911), Troupes françaises d'occupation en Allemagne, 1948, film 9,5 mm © Pierre Clinquart, Image'Est

Achille-Paul Marcwalter (né en 1911), Fribourg-en-Brisgau (Allemagne) après-guerre, 1947 environ, film 9,5 mm © Pierre Clinquart, Image'Est
La zone d’occupation russe s’étend à l’Est de l’Allemagne. La capitale, Berlin est également divisée entre les Alliés. Ici, comme en France, le devoir de mémoire reste important. Une cérémonie militaire est prévue à cet effet, en 1965 pour commémorer les 20 ans de la libération du camp de concentration d’Oranienbourg-Sachsenhausen. Dans cette cérémonie, il est rappelé l’effort des soldats russes ainsi que leur implication dans la guerre.

Henri Genesseaux, Camp de concentration de Berlin-Est, 1965, film 8 mm © Henri Genesseaux, Image'Est
Lili Leseur