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Grands angles
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      • Le fonds Jean-Louis Burtin à travers la vie et l'œuvre de l'artiste - Partie 3

      • LES DERNIÈRES RÉALISATIONS (suite) 

        • Brasserie (restaurant) et hôtel de voyageurs dit le Palais de la Bière, 1927
        • Siège social des établissements Pont-à-Mousson, 1927
        • La Société thermale de Vittel ,1930
        • Hommage à G. Sadoul, 1931
        • Le catalogue illustré de l’œuvre gravé de Émile Friant
        • Les travaux de rénovation 
        • Le collège de la Malgrange 
        • L’exposition de Paris 1937 : Le plan en relief

        L’ACTEUR CULTUREL, LE COLLECTIONNEUR

        À LA VEILLE DU SECOND CONFLIT MONDIAL
         

        Les dernières réalisations (suite)

        Brasserie58 (restaurant) et hôtel de voyageurs dit le Palais de la Bière, 1927

        En 1927, Pierre Le Bourgeois, déjà croisé au Magasins Réunis, confie à Burtin la réalisation des stucs décoratifs des deux grandes pièces Art Déco du Palais de la bière, 44 /45 rue Saint Jean.  Jean-Louis y retrouve avec plaisir J. Prouvé, J. Cayette, G.Ventrillon, G. Janin et A. Horel. 

        • Palais de la bière. Photo Mô Frumholz-Burtin

        • Photo en ligne sur https://routelorrainedelabiere.com/les-sites-remarquables/

        • Photo du Fonds 49/015 - Grand Palais de la Bière 

        En voici ci-dessus la maquette, on notera les modifications qui ont suivies ce premier projet. A moins qu’il ne s’agisse de la partie donnant sur la rue Bénit. L’hôtel avait son entrée rue Bénit, alors que Restaurant/Brasserie étaient orientés sur la rue Saint-Jean.

        Les plaques photographiques du fonds de la série 55/008 à 55/014 pourraient bien être celles du chantier de ce Palais de la bière. On repère au fond le vitrail dit de Saint-Arnould (1926) de G. Janin conservé maintenant au musée de la bière de Stenay.

        • Jean Virette, intérieurs modernes et rustiques 1926

        • Georges Janin, Vitrail de Saint-Arnould, 1926 Photo : https://fr.wikipedia.org/wiki/Musée_de_la_Biere

        Le siège social des établissements Pont-à-Mousson, 1927

        La même année, Jean-Louis Burtin participe à la construction du siège social de la Société des Hauts-Fourneaux et Fonderies de Pont-à-Mousson, rue de Toul, actuelle avenue de la Libération. Il réalise les travaux de staff du hall, la décoration des paliers et escaliers ainsi que celle de la salle du conseil, de la bibliothèque, du Directorium, de la salle d’exposition et des bureaux de MM. Paul et Henri Cavallier. Dans le livre d’or remis à la société à la fin de la construction, se trouve une aquarelle et encre de chine de Jean-Louis Burtin (160 x 290 mm) intitulée « Fontaine Pont-à-Mousson » au format 160 x 290 mm reproduite en copie numérique ci-dessous et qui m’a été transmise par le pôle Archives historiques et Patrimoine de Saint-Gobain que je remercie ainsi que Mélanie Leroy, Chargée de mission Inventaire du Patrimoine mobilier, qui m’a ouvert les portes de l’établissement afin que je puisse prendre des photos des réalisations de Burtin encore visibles aujourd’hui.

        • Fontaine Pont-à-Mousson J.L. Burtin

        • Hall d’entrée du siège social des établissements de Pont à Mousson. Photo Mô Frumholz-Burtin

        • Hall d’entrée, plafond, du siège social des établissements de Pont à Mousson. Photo Mô Frumholz-Burtin

        • Décor plafond de la bibliothèque du siège social des établissements de Pont à Mousson. Photo Mô Frumholz-Burtin

        • Décor plafond de la bibliothèque du siège social des établissements de Pont à Mousson. Photo Mô Frumholz-Burtin

        • Décor frise murale de la bibliothèque du siège social des établissements de Pont à Mousson. Photo Mô Frumholz-Burtin

        La Société thermale de Vittel, 1930

        En 1930, sur commande de l’architecte F. César59 (1879-1969), Burtin réalise les décorations des thermes pour le compte de la Société thermale de Vittel. La série 54 du fonds y est entièrement consacrée.

        • Fonds 54/001 Décoration des thermes de la Société des Thermes de Vittel. Image’Est

        • Fonds 54/002 Décoration des thermes de la Société des Thermes de Vittel. Image’Est

        Hommage à G. Sadoul, 1931

        En 1931, J. L. Burtin sculpte une plaque commémorative à l’occasion du premier anniversaire de la mort de Georges Sadoul. Elle sera déposée dans la chapelle sépulture de la famille au cimetière de Raon-l’Étape.

        Le catalogue illustré de l’œuvre gravé d’Émile Friant

        Le sculpteur J. L. Burtin par E. Friant 1931. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        Cette même année 1931, E. Friant présente au Salon des Amis des Arts le portrait de son ami Jean-Louis en train de sculpter une grande statue de femme. E. Hinzelin60 fait ce commentaire « Friant dans ce portrait, qui est encore une composition magistralement ordonnée, triomphe avec une sûreté de touche, enlevée dans un mouvement qui serre de très près la vie. (…) Le bon sculpteur Burtin apparaît là comme un vivant exemplaire du plus complet bonheur humain. (…) Tout, dans ce tableau, respire la joie du travail. C’est la plus grande joie, la seule peut-être que Friant connaisse. Avec quel raffinement il la savoure ! ». 

        Le tableau, témoignage de la grande amitié qui lie les deux hommes, sera présenté une seconde fois en 1932 à Paris au double Salon des Champs-Élysées, Artistes Français et Nationale. Pour Friant, ce portrait n’est encore qu’une esquisse qu’il a le projet de reprendre. Ni lui, ni J. L. Burtin ne savent qu’il n’en aura pas le temps, pas plus que celui de réaliser le portrait de Jacqueline Burtin. Friant meurt brutalement à Paris en 1932. J. L. Burtin est bouleversé et se rend immédiatement sur place. 
        Lors de l’enterrement à Nancy, Burtin conduit le deuil au côté des cousins du défunt, et de la compagne du peintre Eugénie Ledergerber61.

        J. L. Burtin est nommé légataire testamentaire du peintre : « Par testament du 11 avril 1932, je lègue à mon cher ami Louis Burtin un de mes tableaux à son choix plus un double de la collection de gravures de tirage qu’il a déjà de moi et de celles nouvelles que je ne lui ai pas encore livrées, droits payés sur la succession ». 

        En acceptant ce legs, Jean-Louis Burtin s’engage à continuer à faire imprimer par la Maison Braun de Mulhouse-Dornach (Haut-Rhin) le catalogue illustré de l’œuvre gravé du peintre et à le vendre par souscription et en librairie. 

        Rapidement il se remet à la tâche, poursuit les retouches déjà entreprises en vue de la reproduction des gravures, contacte Arsène Alexandre pour lui demander de rédiger le texte du catalogue. Ce dernier, un des critiques d’Art très en vue à l’époque, lui semble être l’homme de la situation, il a connu Friant, l’a vu dessiner et peindre et a été souvent le confident de ses projets même s’il a fait partie également de ses détracteurs lors de la présentation de la toile Le premier Assaut au Salon Parisien de 1894 (p. 189 du catalogue). Malheureusement, les péripéties de la succession Friant retarderont la parution de l’ouvrage de sept années. Il ne sortira finalement qu’en 193962, 7 ans après la mort de Friant, période peu favorable, vous en conviendrez pour en faire la promotion d’autant que J.L. Burtin décèdera l’année suivante. Quant à Arsène Alexandre, il n’a même pas vu l’ouvrage édité, puisqu’il décède lui en 1937.

        • Lettre de Burtin pour la parution du livre de Arsène Alexandre 

        Lettre de Burtin pour la parution du livre de Arsène Alexandre

        Comme jusqu’à ce jour, aucune étude n’était venue mettre en lumière les mérites du peintre Émile Friant, nous avons pensé qu’il convenait, autant pour honorer sa mémoire que pour rendre hommage à son grand talent, et enfin faire connaître son œuvre tout entier, de publier ce qui a été supérieurement écrit sur lui et sur ses travaux, par un critique d’Art des plus autorisés de notre époque : Monsieur A. Alexandre. 
        A tous ceux qui tiennent à être documentés sur Friant, à tous ceux qui veulent l’apprécier et le juger, cet ouvrage s’impose. 

        Il comprendra d’abord une étude très poussée et très approfondie sur son art. 
        Alexandre a connu Friant. Il l’a vu dessiner et peindre, il a été le confident de ses projets, le témoin de ses efforts patients et surs pour serrer de plus en plus la réalité, c’est assez dire que ses souvenirs, mis au service de sa plume font de cette étude très poussée, un ensemble riche d’observations et d’enseignements. 
        Pour permettre au lecteur de se rendre compte de la justesse des appréciations d’A. Alexandre et connaître en détail l’œuvre de Friant, nous avons remis à la suite de l’Étude dont nous venons de parler de nombreuses reproductions de ses œuvres. Les collectionneurs y trouveront un catalogue détaillé de son œuvre gravé, ces reproductions abondantes et particulièrement soignées par la Maison Braun de Mulhouse-Dornach, justifieront à elles seules la recherche de l’ouvrage dont nous annonçons la publication. 
        Ainsi donc, il s’agit d’un ouvrage complet à tous les points de vue, permettant à tous ceux que l’œuvre de Friant peut ou pourra intéresser de se documenter et de s’en faire une juste idée, d’apprécier comme il le mérite un des artistes un des peintres les plus remarquables de notre époque. 
        J. L. Burtin
        PS : Par une très préjudiciable méconnaissance des intérêts de la succession de Monsieur Friant, les légataires universels sont les seuls responsables des onéreuses conséquences du retard de sept années, provoquée par leurs agissements à la parution de cet ouvrage édité en l’honneur de la mémoire de leur cousin.

        Les travaux de rénovation 

        J. L. Burtin est très marqué par la perte de son ami Friant. Il se remet néanmoins au travail. En 1934, la Ville de Nancy lui confie les travaux de rénovation de l’Arc de Triomphe Héré. La sculpture ornementale est entreprise et refaite sous sa direction. Il dirige aussi la remise en état de tous les chapiteaux surmontant les colonnes sur lesquelles viennent s’accumuler poussières et fumées, véritable poison pour les sculptures. Il s’occupe également de la réfection des quatre statues surmontant l’attique du monument côté de la place Stanislas. Là, il se heurte à l’absence de référence documentée et il lui faut apporter toute son expérience, ses connaissances et son savoir-faire technique et artistique pour mener à bien cette réfection. 

        Un autre travail de rénovation concerne le Monument à Catherine Opalinska de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Ce qui est amusant sur cette photo du fonds et également sur la carte postale jointe, c’est que la femme de Stanislas porte une couronne sur sa tête, couronne qui n’existe pas dans l’œuvre originelle -comme on peut le constater sur les clichés reproduits à la suite- et qui a été ajoutée lors d’une restauration, elle a peut-être été ajoutée lors de cette restauration. 

        • Fonds série 49, photo 012

        • Carte postale du mausolée de Catherine Opalinska. Publiée par Maryanick Gaultier sur ww.communes.com

        • Le mausolée de Catherine Opalinska. Crédit photo : Cédric Amey.

        • Le mausolée de Catherine Opalinska. Détail.

        En 1936, il travaille avec J. André, à la reconstitution de la sculpture décorative ornant le péristyle du nouveau Musée de Peinture de Nancy, l’actuel Musée des beaux-arts de Nancy. Jacques André précise d’ailleurs, dans une lettre trouvée dans les archives familiales, à propos de cette reconstitution qu’elle constitue « un travail d’un caractère artistique qui ne peut être confié qu’à un sculpteur connaissant parfaitement son art et qui soit capable de recréer de toutes pièces un motif abimé inutilisable ou détruit ».

        En 1937, lors de la rénovation du Musée Lorrain, il se voit confier la restauration de toutes les statues du Moyen Age et de la Renaissance. Le groupe de Jésus au jardin des Oliviers retrouve ainsi sa polychromie d’origine. (Photo ci-dessous)

        • École Ligier Richier (XVIe),
          Le Christ au mont des Oliviers, 3e quart du XVIe, Grand Séminaire (anc. « Hôtel des Missions Royales des Jésuites »), avenue de Strasbourg, (Nancy)

        Le collège de la Malgrange 

        Avec l’architecte A. Vallin, il effectue au cours de la même période des travaux de décoration au collège de la Malgrange. Après renseignement pris auprès de la direction de l’établissement, il semblerait qu’il ne reste pas grand-chose du décor initial. Sur les panneaux verticaux existaient des cartouches que la Malgrange a préféré supprimer lors de la restauration du bâtiment.  

        L’exposition de Paris 1937 : Le plan en relief

        En 1937 toujours, J. L. Burtin réalise un immense plan en relief de Nancy et de son agglomération pour l’Exposition de Paris. Ce plan de 4 m.50 sur 3 m. 60 qui lui demande 18 mois d’un travail intense, exécuté à l’échelle de 0,002 m. par mètre, et sur lequel figurent rues, places, avenues avec l’orientation exacte, rivière, ponts, étangs, monuments principaux proportionnés à l’ensemble, est plébiscité. La municipalité souhaite qu’il devienne un moyen de propagande touristique, qu’il soit reproduit en plusieurs exemplaires et que l’original soit conservé dans une salle du Musée ou une des nouvelles salles de l’Hôtel de Ville. Le recteur de son côté voudrait un moulage spécial destiné à la Faculté de Lettres comme support pour les cours de géographie. Ce plan, qui a été exposé une seconde fois en octobre 1942, lors de l’Exposition d’architecture régionale, est actuellement non localisé et je n’en ai trouvé aucune trace concrète dans le fonds Burtin. D’après une archive familiale, il aurait été également présenté à l’Exposition de Lille et Roubaix (sans date). 

        On se souvient qu’une partie des photos aériennes qui se trouvent dans le fonds concerne Nancy et ses environs avec une incursion à Verdun et dans le Massif Vosgien. Ces photos aériennes (séries 37 et 38) réalisées pendant la guerre et à des fins de repérage63 permettent de reconstituer par des procédés géométriques des cartes d’état-major à grande échelle64. L’hypothèse que Burtin, rompu à l’utilisation de la photographie et au dessin des lignes ennemies y ait vu un support des plus efficaces pour se lancer dans la réalisation exigeante de ce plan détaillé et en relief mérite sans doute d’être prise en considération.

        Travaux et sculptures chez des particuliers

        Tout au long de sa vie, Burtin réalise différents travaux de décoration et de sculpture chez des particuliers. 

        Les clichés de la série 49/001 à 009 pourraient illustrer des travaux effectués par Burtin dans la maison Kronberg, boulevard Lobau (Nancy), hôtel détruit aujourd’hui. Sur une des photos de cette série, on reconnaît très bien le meuble-banquette de Vallin qui est aujourd’hui dans un couloir du musée de l’École de Nancy.
        La cheminée ci-dessous rappelle le travail effectué en 1907 pour le château de Belval. On y retrouve la même ligne architecturale et le même élément décoratif du paon blanc pour le trumeau.

        • Photo du fonds 49/2

        • Photo Fonds 49/8

        • Porte travaillée, fonds 49/3

        Burtin a effectué également des travaux d’embellissement au 85, rue de Metz, (détruit aujourd’hui), domicile du Comte R. Walewski, Directeur d’usine puis directeur commercial à la S.A. des hauts-fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson. 

        • Ancienne maison rue de Metz, domicile du Comte de Walewski, remplacée par la Carsat- Collection Gérard Trotot, FI-0855-0273

        Il a bien sûr aussi effectué des œuvres pour son domicile de la rue de la République à Malzéville et réalisé le caveau familial de la famille Burtin au cimetière du Sud. Voici deux photos de ce caveau qui n’existe plus maintenant. La présence de cette chouette sur la tombe familiale dérangeait mon père, il a choisi de la faire disparaître sans autre forme de procès. Encore une sculpture de Burtin qu’il n’est plus possible d’admirer aujourd’hui.

        • Caveau de la famille Burtin Cimetière du Sud. Photo Mô Frumholz-Burtin

        • Caveau de la famille Burtin Cimetière du Sud. Photo Mô Frumholz-Burtin

        Voici maintenant la cheminée qui ornait la salle à manger du 36 rue de la République. On y retrouve le motif de pomme que J. L. Burtin avait dessiné dès 1913.

        • Dessin J. L. Burtin 1913 Photo Mô Frumholz-Burtin.

        • Cheminée réalisée par Burtin 36 rue de la République Malzéville Photo Mô Frumholz-Burtin. 
          Trumeau : peinture de Gaston Hoffmann (1883/1977).

        • Détail de la cheminée 36, rue de la République, Malzéville. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        • Détail de la cheminée 36, rue de la République Malzéville. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        Burtin avait choisi un motif très similaire pour orner les portes du buffet de la salle à manger.

        • Détail de la porte du buffet. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        Ce mascaron, sans doute pour la façade d’une maison de maître est également de sa main.

        L’ACTEUR CULTUREL

        Parallèlement à cette activité professionnelle intense, Burtin s’engage très tôt dans la vie de la cité. On peut dire de lui qu’il est un acteur culturel très actif. J’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer à propos de l’Exposition de 1909.

        Il appartient bien sûr à différentes sociétés professionnelles. Il est membre du Cercle artistique de l’Est, du comité de l’Association des Artistes Lorrains, de la commission de surveillance et de perfectionnement de l’École des Beaux-Arts, du conseil d’administration de la Société d’archéologie Lorraine et de la commission du Musée de peinture, actuel musée des Beaux-arts, où sa grande expérience des choses de l’art et ses précieux conseils sont particulièrement appréciés. 
        Il fonde la Société des Amis du Musée, Société Claude Gellée, ancêtre de l’actuelle Association Emmanuel Héré et fait don en 1937 au Musée des Beaux-arts, par le biais de cette association, de la toile de Friant intitulée La petite barque.

        Autre exemple de cet engagement dans la vie de la cité, sa présence active, à la fois comme organisateur et comme participant dans les manifestations organisées dans sa ville. Il siège dans la commission générale des Fêtes avec Claudin. En 1911, le comité vote à l’unanimité en accord avec la Fédération des commerçants de Nancy et l’Union syndicale de l’alimentation, la réitération de la Fête des Fleurs le 14 juillet.  Le cortège des voitures fleuries défilera Cours Léopold. Tous les Nancéiennes et Nancéiens sont appelés à y participer en décorant tout type de véhicule. Des prix65 seront décernés aux voitures les plus originales, élégantes et joliment fleuries. A ce concours de voitures fleuries les artistes peuvent également participer. Burtin obtient le prix Majesté66, dans la catégorie des « landaus à quatre chevaux », pour le Landau de l’union syndicale de l’alimentation qu’il dessine et qui est fleuri par la maison Grandjean père. Il obtient également le prix du Décor pour le Landau de la fédération des commerçants de Nancy

        Il est également très préoccupé par la formation des jeunes artistes décorateurs, il s’implique activement dans leur formation. En 1935, il sponsorise, pourrait-on dire, l’association des Anciens élèves de l’École des Beaux-Arts de Nancy : un concours de sculpture décorative est ouvert entre les élèves en cours de formation et les anciens élèves de l’école. Il consiste dans la décoration d’un plafond de salle à manger et il est doté de 1000 francs de prix. 

        Mais on le retrouve aussi membre d’associations éloignées de son domaine professionnel comme par exemple la Ligue nationale aérienne, fondée par René Quinton (1866/1925)67 dont il est parmi les premiers titulaires. En effet, tout comme Friant, Burtin se passionne pour l’aéronautique naissante. Burtin soutient également deux années plus tard, avec son collègue Claudin, le Circuit de l’Est68 des 10, 11, 12 août 1910. 

        En 1935, Burtin est nommé Officier d’académie69.

        LE COLLECTIONNEUR

        Il n’était pas possible de passer sous silence cette partie de l’activité de J. L. Burtin tant elle a été importante pour lui. Collectionner a été une des grandes aventures de sa vie. 
        En tant qu’artiste impliqué dans la création, collectionner est partie intégrante de sa démarche et il n’a pas attendu 1920 pour commencer à réunir des œuvres qui lui plaisent. Son objectif est de rassembler un ensemble cohérent d’œuvres reflétant les talents des différents artistes de son époque. Sa collection, également constituée de livres rares, devra témoigner de la richesse artistique de l’époque et raconter l’histoire de sa vie mais aussi et surtout celle de cette période qu’il a la chance de vivre pleinement.
        Mais une collection requiert de la place. Ce n’est là qu’une des nombreuses contraintes auxquelles est confronté tout collectionneur, car il en est bien d’autres qui posent plus de problème encore comme la conservation, la restauration et la protection des œuvres par exemple. Toujours est-il qu’à partir de 1920, J. L. Burtin a un lieu pour loger ses acquisitions, la maison de la rue de la République à Malzéville. 

        Je ne donnerai ici qu’un aperçu rapide de ce qu’était cette collection aujourd’hui malheureusement disparue et tenterai plutôt de faire entrevoir combien J. L. Burtin a su capter les courants artistiques en présence au début du siècle dernier.
        Burtin fait bien évidemment la part belle à E. Friant dont il collectionne assidument les œuvres, signe de son attachement à cet homme qui le considère comme son fils adoptif et avec lequel il passe de nombreux week-ends en compagnie d’Eugénie Ledergerber70. Mais ce n’est que plus tard, lors de la vente de la succession du mécène Eugène Corbin du 19 octobre 1936 à l'Hôtel Drouot de Paris sous le marteau de Maître Roger Walther qu’il acquiert les plus belles toiles du maître. 
        En attendant, il achète les œuvres de bon nombre d’artistes lorrains, certains de la fin du 19ème, Charles F. Sellier (1830-1882), Jules Bastien-Lepage (1848-1984) qui a eu une influence déterminante sur l’idéal artistique de Friant, Léon Joseph Voirin (1883-1887), Matthias Schiff (1862-1886), Auguste Daum (1853-1909), d’autres, de ses contemporains amis et/ou collègues : Victor Prouvé (1858-1943), Henri Royer (1869-1938), Jacques Majorelle (1886-1962), Charles de Meixmoron (1839-1912), Colle, Delatte, Albert Horel (1876-1969), Edmond Petitjean (1844-1925), Alfred Renaudin (1866-1944), Auguste-Théodore Desch (1877-1924), Gaston Hoffmann (1883-1960), Lucien Henry Grandgérard (1880-1970), Antonin Daum (1863-1930), Ernest Bussière (1863-1913), les frères Muller (1897-1936), Alfred Finot (1876-1946), Amalric Walter (1870-1959) et Joseph (1876-1961),  Pierre Mougin (1880-1955) 1880/1955) et Etienne Cournault (1891-1948)….
        Il s‘intéresse également aux œuvres d’autres artistes hors Lorraine et hors France comme Adrian Brouwer (1605-1638) Anders Zorn (1860-1920), Le Sidaner (1862-1939), Albert Besnard (1849-1834), Eugène Isabey (1803-1886), Mathurin Janssaud (1857/1940), Charles Jules Duvent (1867-1940), Henri Rivière (1864-1951) qui a redécouvert en 1888 de manière empirique la gravure sur bois à la méthode japonaise et qui est devenu l’un des piliers du japonisme européen, Jules-Marie Auguste Leroux (1871-1954), Frans de Geetere (1895-1968), Marcel-Lenoir pseudonyme de Jules Oury (1872-1931)… sans oublier sa passion pour l’œuvre gravé de Félicien Rops (1833-1898) dont  au fil du temps, il devient  le collectionneur de référence. Tout comme Friant, Rops est un dessinateur hors pair et un passionné de travail toujours en quête de nouvelles techniques.

        Bref, à la fin de sa vie, Burtin est à la tête d’une collection reflétant les courants artistiques en présence au début du siècle dernier et qui ne se limite pas aux œuvres des meilleurs artistes de sa région.
        La présence de certains artistes dans la collection en dit d’ailleurs long sur les exigences artistiques de Burtin. En effet et contrairement à ce que se devait de contenir toute collection de tableaux modernes digne de ce nom à la fin du 19ème, à savoir des J. B. Corot (1796-1875), des Th. Rousseaux (1812-1867), des C. Troyon (1810-1865), des Ch. F. Daubigny (1817-1878), autant d’artistes reconnus, pour la plupart décédés et représentant des valeurs sures71, la collection Burtin (alors qu’il aurait pu en être tout à fait autrement) se centre sur des artistes qui, d’une manière ou d’une autre, refusent de se laisser embrigader dans telle ou telle doxa fixant l’artistiquement correct. Elle privilégie ceux qui cherchent leur voie souvent de façon autodidacte dans la rupture avec l’establishment.  J’y vois là non seulement le fil rouge et l’intérêt de cette collection mais aussi l’engagement de Burtin en faveur de la création et son ouverture à des manières de peindre qui étaient moins consensuelles à l’époque. 

        A LA VEILLE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

        En 1939, J. L. Burtin réalise une décoration en bronze pour le monument funéraire d’É. Hinzelin au cimetière de Préville. 

        • © Région Grand Est - Inventaire général / Ph. J. Soncourt IVR41_995401266Z_2 La tombe d’Émile Hinzelin, plaque de bronze. Cimetière de Préville

        • Ce bronze est certainement une de ses dernières réalisations. 

        Depuis 1938, J.L. Burtin ressent la fatigue. Depuis quelques années déjà, la situation mondiale le préoccupe beaucoup. En 1938, l’annexion de l’Autriche par le Reich n’annonce rien de bon et Burtin voit avec inquiétude se profiler les prémices d’un nouveau conflit mondial. Cette triste perspective se précise avec l’invasion de la Pologne le 2 septembre 1939 alors qu’il prend du repos en vacances, comme chaque année à cette période, avec sa femme et sa nièce Jacqueline. Il décide aussitôt de rentrer à Nancy, mais la mobilisation générale est décrétée dès le lendemain et la circulation des trains s’en trouve très largement perturbée. Le retour des Alpes est long et fastidieux et Burtin a tout loisir de constater les premiers effets de la mobilisation sur la population comme le montre cet extrait du journal de vacances d’Alice Burtin : « Le train, plein de réservistes, roule au pas et met la nuit entière pour aller d’Annecy à Dijon. Nous voilà sur un banc à 3h du matin en attendant que le jour se lève…que de gens partout, des hommes, des femmes et des enfants couchés par terre, les uns sur les autres. Dans la gare impossible de marcher, le sol est jonché de valises, de paquets… C’est triste, triste ». Burtin est ramené brutalement dans cette atmosphère anxiogène qu’il a connu lors de la Grande Guerre que tous avaient cru être la « der des der ». Enfin de retour à Nancy, Alice note ceci : « …les deux journées qui ont suivi notre retour se passent calmement mais dès le troisième jour nous devons descendre à la cave, les allemands nous bombardent. Voilà la guerre qui commence. Adieu notre repos ».

        Mascaron Tête de satyre, fontaine de l’auditorium de la Pépinière. Photo Mô Frumholz-Burtin

        Bien que las et fatigué, Burtin reprend néanmoins ses activités pendant toute la durée de la drôle de guerre. Il a plusieurs chantiers en cours dont la restauration d’une statue de la porte Saint-Georges, des restaurations d’un retable et d’un Christ pour l’église Saint-Laurent à Pont-à-Mousson, des travaux pour l’auditorium de la Pépinière, des travaux au domicile du Comte de Walewski 85 rue de Metz comme évoqué supra

         Le mercredi 20 novembre, comme tous les mercredis, sa nièce Jacqueline vient le retrouver dans son atelier rue de Regnéville à 14h30. Elle s’étonne de son absence et finit par partir en lui laissant un mot : 

        Mon cher oncle, 
        (…) Je suis restée presque toute l’après-midi à l’atelier croyant que tu viendrais. Ne te voyant pas arriver, j’ai été d’abord surprise, puis inquiète. Enfin je pense que tu as été retenu par quelque affaire. J’espère qu’il ne t’est rien arrivé d’autre car je suis toujours à me demander la cause de cette absence. (…) L’après diner s’avance, je ne crois plus te voir aujourd’hui, hélas ! c’est bien à regret que je m’en retourne à la maison (…). 
        Dans l’espoir de te revoir bientôt en bonne santé mon cher oncle, je t’embrasse de tout mon cœur. 
        Ta petite nièce qui t’aime bien. 
        Jacqueline

        Elle ne le reverra plus vivant. Le lendemain, 21 novembre 1940, à 7h du matin, J. L. Burtin décède brutalement à son domicile d’une crise cardiaque. Il repose au cimetière de Malzéville. 

        Si Henri Marchal72, entouré de nombreux artistes lorrains, rend hommage à son beau talent d’artiste laissant derrière lui beaucoup d’œuvres73, personne ensuite n’est là pour retracer sa carrière ni pour répertorier ses réalisations.  

        À ce jour J. L. Burtin ne figure toujours pas sur le site de l’École de Nancy alors qu’il a travaillé avec la plupart des artistes qui y sont cités et que bien que n’appartenant pas officiellement au Comité directeur de l’École de Nancy, il a innové selon ses principes et adopté son style. Il est vrai que s’il a eu la bonne fortune de naître à une époque où les arts étaient particulièrement florissants, il a eu la mauvaise idée de mourir en 1940. J’espère que ce Grand angle permettra de réparer un peu cet oubli.


        Mô Frumholz-Burtin, Docteur en Sciences du Langage


        Beaucoup de choses concernant les travaux et ouvrages de J. L Burtin restent encore à découvrir et à préciser. Je souhaite que ce Grand Angle en soit l’occasion. Aussi, cher lecteur, n’hésitez pas à me contacter via Image’Est si vous êtes en possession de documents ou d’informations qui pourraient compléter les données présentées ici.

        Un grand merci à Jean-Sébastien Bertrand pour ses relectures et ses précieux conseils.


        58Une notice détaillée sur cet édifice est consultable sur le site du ministère de la culture https://www.pop.culture.gouv.fr . La brasserie était au RDC et le restaurant au sous-sol.
        59Fernand César est le fils de Félicien César (Belgique, 1849-1930). Fernand s'est formé à l’École des Beaux-arts de Nancy, puis en 1902 à celle de Paris d’où il sort diplômé en 1909. Il sera architecte et enseignant. En tant qu’architecte, il travaille dans l’esprit Art déco, du côté – entre autres – de Notre-Dame de Lourdes (rue Monseigneur-Turinaz notamment). Il travaille également aux brasseries de Saint-Nicolas de Port. Il est le frère d'André César-Millery, également architecte.
        60L’Est Républicain 1er novembre 1931
        61In L’est Illustré 19 juin 1932
        62Notes à propos du livre d’Arsène Alexandre : Catalogue des Œuvres du Maître présenté par Arsène Alexandre. In Graveurs et illustrateurs de Lorraine Félix Vazemmes Ed. Cuny, p.122 : « Dans ce très beau texte, le sculpteur Burtin et l’imprimerie Thomas ont rassemblé depuis 1932 de nouveaux portraits de maître : Dagnan-Bouveret, Morot ».

        63Ces photos aériennes dont le but est de permettre la réalisation de cartes d’état-major très précises doivent être prises à une altitude variant de 500 à 4000 m, par des avions volant lentement -130km/h maximum – et, pour rendre visible niveaux, pentes, découpes, sillons, les vues doivent être verticales ou obliques, une vue zénithale ne permettant pas de discerner tous les éléments nécessaires à la réalisation d’un plan fidèle.
        64Les principes de la photo aérienne oblique ont été posés par le capitaine Paul Louis Weiller. Pour plus de détails, voir le dossier Archives de l’aéronautique militaire de la première guerre mondiale 2008. 
        65Les prix sont artistiques et on reconnaît bien là la volonté de l’École de Nancy de permettre un accès à l’art à tous : verreries Daum, Gallé, Vessière, grès Mougin et de Rambervillers, meubles, etc…d’une valeur de 3000 F.  in L’Est Républicain 04 juillet 1911.
        66In L’Est Républicain 
        67La fondation de cette ligue s’inscrit dans le contexte de l’époque où fierté nationale et patriotisme sont de mise. Elle vise à mobiliser l’opinion et se veut être une réponse bien sentie à la fondation Zeppelin qui s’est montée de l’autre côté de la frontière, grâce au succès d’une campagne de recherche de fonds, réunissant en quelques semaines, 6 millions de mark. Son but est « de fixer en France tout le mouvement de l’aviation, afin que notre pays qui est la patrie véritable de la locomotion aérienne ait la gloire de parfaire cette grande découverte de la conquête de l’air, dont les bommes rêvent depuis tant de siècles ». In Est républicain 8 octobre 1908 et SHLML_WIENER_C_13_part_49.pdf
        68Le Circuit de l’Est est une course aéronautique organisées par le journal Le Matin. Il se déroule sur six étapes reliant Paris, Troyes, Nancy, Mézières, Douai, Amiens. Nancy participe à ce grand meeting qui présente l’aviation au grand public passionné par l’aventure des as volants. Tous se souviennent de la traversée de la Manche par Louis Blériot l’année précédente. Le choix du quart Est du pays pour cette course n’est certainement pas anodin en cette période de tension avec le voisin allemand et la jeune aéronautique militaire, bien que n’ayant pas le droit de participer au circuit, profite néanmoins des aménagements réalisés pour tester de longs vols.
        69Depuis 1955, l’expression « Officier d’académie » n’est plus utilisée. La coutume est de dire maintenant que la personne reçoit les Palmes académiques. Cet ordre de mérite est appelé familièrement « La légion violette » à cause de la couleur du ruban.

        70Cette dernière d’ailleurs, à la demande de Friant, lui montre ses croquis et attend ses conseils avisés pour améliorer son travail.
        71Catalogue exposition Friant 2017 Léa Saint-Raymond, p.37
        72H. Marchal a réalisé son portrait au crayon, l’œuvre a été présentée au Salon de Nancy en 1911
        73Pour la plupart hélas disparues aujourd’hui

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