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      • Le fonds Jean-Louis Burtin à travers la vie et l'œuvre de l'artiste - Partie 1

      • PRÉSENTATION DU FONDS

        1. Historique du fonds
        2. Contenu et intérêt du fonds

        JEAN-LOUIS BURTIN (1878-1940). SA VIE, SON ŒUVRE

        1. La naissance
        2. La rencontre avec Friant et les années de formation
        • Le Port aux planches
        • À l’École municipale et régionale des Beaux-arts

        LES PREMIERES REALISATIONS ET L’ENTREE DANS LA VIE PROFESSIONNELLE

        1. La villa Les Glycines et le Salon Lorrain, 1902
        2. L’Exposition d’Art Décoratif aux galeries Poirel, 1904
        3. Au Salon des arts décoratifs de Nancy, 1909 : La cheminée au paon
        4. La Chambre de Commerce 1908
        5. L’Exposition internationale de l’Est de la France de 1909
        6. Le Salon de Paris, 1910
        7. Le nouvel Opéra, 1911
        8. Salon des arts décoratifs de Nancy, 1912

        PRÉSENTATION DU FONDS

        HISTORIQUE DU FONDS

        Il m’a semblé important, avant toute chose de revenir sur l’historique de ce fonds.

        À la mort de Jean-Louis Burtin en 1940, sa femme Alice Franclet est sa seule héritière. Elle reçoit en pleine propriété l’ensemble des biens de son mari dont sa collection d’œuvres d’art et son fonds d’atelier.

        Jean-Louis et Alice, qui avaient perdu leur fils unique, Jean-Paul, à la naissance, passaient beaucoup de temps avec leur nièce Jacqueline (1922-2005), Jean-Louis l’initiait aux arts et notamment au dessin et à la peinture. Il était d’ailleurs très fier de ses progrès en la matière et lui disait qu’il avait plaisir à la faire travailler car il n’enseignait pas « à un fruit sec ».

        Jacqueline Burtin et son oncle Jean-Louis Burtin dans l’atelier de ce dernier, vers 1936. Photo ancienne, archives familiales.

        Tous deux étaient très proches. Plus grande, Jacqueline le retrouvait régulièrement dans son atelier rue de Regnéville. À partir de 1937, Jean-Louis et sa femme avaient pris l’habitude d’emmener leur nièce en vacances et de lui faire découvrir différentes régions de France. Au cours de ces séjours, Jacqueline visitait des musées, affinait ses connaissances en art et croquait des paysages sous l’œil exigeant de son oncle. 

        Cette grande proximité entre l’oncle et la nièce amena, de façon finalement assez naturelle, Jean-Louis à souhaiter adopter Jacqueline. Les parents de cette dernière donnèrent leur accord non sans un léger pincement au cœur. Malheureusement la disparition brutale de Jean-Louis ne lui permit pas de réaliser ce vœu auquel il tenait tant et c’est Alice, sa femme, qui, respectant ses dernières volontés, le fit deux mois après son décès. Jacqueline devient ainsi, par cet acte, l’héritière en ligne directe de l’ensemble de la collection Burtin au décès de sa tante, Alice Burtin en 1971, devenue sa mère adoptive.

        Contrairement à ce qui est noté dans le rapport de stage de Mademoiselle Nolwenn Parouty (Le fonds Frumholz ou fonds Friant-Burtin, 2002-2003), p.23, ce n’est donc pas à la mort de Jean-Louis Burtin que Jacqueline a hérité du fonds et encore moins son futur mari Jean-Adam Frumholz (1926-2011) qu’elle ne connaissait pas à cette époque et qu’elle n’a épousé qu’en 1950, bien après le décès de J. L. Burtin. Par conséquent, Jean-Adam Frumholz n’est pas non plus « le gendre du sculpteur Burtin ». En conséquence, il est juste que ce fonds soit intitulé « Fonds Jean-Louis Burtin » (et non « Fonds Frumholz »). C’est un dépôt de Jacqueline Burtin, ma mère, par mon intermédiaire, dépôt effectué en 2002. 

        CONTENU ET INTÉRÊT DU FONDS

        Ailes brisées. Fonds 33/001 à 006

        Le fonds, entreposé dans les locaux de l’association Image’Est à Nancy, comporte des plaques de verre concernant à la fois des œuvres de Friant et de Burtin. Même si l’histoire ne dit pas précisément comment ni pourquoi les plaques de ces deux artistes se sont retrouvées réunies dans ce fonds, la profonde amitié qui lie les deux hommes permet à elle seule d’en comprendre la raison. De plus, étant donné l’affection et l’admiration que J. L. Burtin portait à Friant, il n’est pas interdit de penser qu’après le décès de ce dernier en 1932, Burtin se soit employé à garder précieusement toutes les plaques concernant le travail préparatoire du peintre notamment pour En Pleine nature et Ailes brisées avec sans doute le projet de les répertorier soigneusement afin que d’autres puissent, à l’avenir, s’y reporter et les exploiter à des fins de recherche scientifique, comme autant de témoignages de la manière dont ce peintre, qui n’a que très peu communiqué sur son art, concevait son travail de création. 

        Le fonds regroupe des séries de clichés de nature et de vocation différentes, c’est d’ailleurs en grande partie ce qui en fait tout l’intérêt et l’originalité.

        Plusieurs séries sont consacrées à des photos à usage militaire, clichés aériens signés par les militaires de la section de la SPAD 901 à laquelle Burtin était affecté en tant que dessinateur et qui portent, pour certaines, les annotations « confidentiel », « lignes ennemies ». Il n’en sera pas directement question dans cette présentation. Le lecteur intéressé par le sujet pourra se reporter au rapport de stage déjà cité de Nolwenn Parouty.

        D’autres séries du fonds sont en lien direct avec le processus de création et le métier des deux artistes. Il s’agit des séries consacrées à différentes toiles de Friant2, En pleine nature et Les Ailes brisées3 déjà évoquées plus haut (1 à 36), de celles consacrées aux œuvres de Burtin (25/9, 25/10, 25/11, 43, 44, 45, 49/15, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58) et également des séries 40, 41 et 42, représentant des études préparatoires à la réalisation éventuelle d’œuvres, affiches, dessins, monuments aux morts, etc. et pouvant servir de base de données permanentes.
        Cette partie du fonds est particulièrement intéressante pour qui souhaite en savoir un peu plus sur les rapports de ces deux artistes à la photographie et à leur art. Voyons ce point un peu plus en détail.

        Burtin et Friant sont tous deux des travailleurs acharnés, exigeants vis-à-vis des œuvres qu’ils produisent, curieux et à l’affût de toute innovation technique qu’ils pourraient mettre au service de leur art et de leur métier. La photographie est un de ces moyens. L’intérêt de Friant pour ce nouveau moyen d’expression est d’ailleurs bien connu mais il a été et est encore bien souvent mal interprété par un certain nombre de ses détracteurs qui y voit la preuve de son manque d’imagination. Or, et c’est bien ce que montre ces plaques, Friant utilise la photographie comme un véritable outil d’appoint, un auxiliaire au service de son œil, lui permettant de stocker des « tranches de réalité ». Il fait poser ses modèles, le plus souvent en pleine nature, et en soignant tout particulièrement ses mises en scène, n’hésitant pas à utiliser des accessoires de fortune (une calle de bois, un empilement de caisses par exemple) pour obtenir la position ou les positions des corps telle(s) qu’il souhaite les représenter. 

        Friant se constitue ainsi une photothèque disponible et consultable 24h sur 24. De quoi satisfaire mieux encore à l’exigence de précision qui le caractérise - notamment dans la réalisation des visages, du regard et des mains de ses personnages et qui est, en quelque sorte, sa marque de fabrique. On trouve ainsi, dans ces séries du fonds Burtin, plusieurs clichés de la même scène prise à des moments différents du jour. Sur certaines plaques, on voit Friant, le pinceau à la main, l’ébauche de sa toile à proximité, observant avec attention les effets de ces changements de luminosité sur la carnation de son ou de ses modèles. Aiguillonné par ce souci de vérité qui ne le quitte pas, il retravaille sa toile jusqu’à la rendre le plus proche possible du grain de réalité que tel instant précis offre à son regard. Un regard démultiplié en quelque sorte qui lui permet de reprendre sa toile à la fois sur le moment, en pleine nature / en plein air4, et d’y revenir ensuite autant de fois qu’il l’estime nécessaire en visionnant à nouveau les différentes « empreintes de réalité » que sont pour lui ces clichés5

        Ces plaques de verre nous donnent ainsi la possibilité d’imaginer un « work in progress », l’ensemble des « avant toiles » - pourrait-on dire en copiant l’expression d’avant-texte utilisée en littérature - des premiers jets, habituellement réalisés dans le secret de l’atelier, auxquels on n’a pas accès et qui seront retravaillés jusqu'à la lie. Et pour Friant, c’est d’autant plus facile à imaginer que ces esquisses, en lien avec ces clichés, figurent bel et bien dans le fonds d’atelier qu’il a légué au Musée des Beaux-arts6

        Friant a donc très bien compris quel usage il pouvait faire de la photographie pour peaufiner son esthétique picturale et l’approfondir encore. Il a également perçu l’intérêt commercial de cette nouvelle technologie, fabuleux moyen de communication qui va lui permettre de faire connaître ses œuvres en France et à l’étranger, notamment aux États-Unis, à préparer ses envois pour les salons et à toucher de futurs acheteurs. 
        Pour se faire une idée plus précise sur ce « work in progress », il suffira au lecteur de consulter toutes les séries de plaques consacrées aux différentes toiles du maître déjà citées7 et également à celles de Burtin qui a adopté une démarche similaire.

        J’aurai l’occasion dans la partie consacrée à Burtin de revenir sur la place de la photographie car lui aussi attachait beaucoup d’importance à la mise en scène de ses modèles (séries 42, 43, 44, 52 ) et à la diffusion de ses œuvres comme le prouvent les séries (49, 54, 55, 56, 57, 58)  donnant à voir tous les modèles de frises et éléments de décor disponibles dans ses ateliers, les maquettes réalisées pour les architectes avec lesquels il travaille et les œuvres in situ en train d’être réalisées.

        On l’aura compris, les clichés de ce fonds n’ont donc aucune prétention artistique et savoir qui en sont les auteurs importe peu. L’intérêt du fonds réside ailleurs, dans ce qu’il nous révèle de la vie de deux artistes8 impliqués dans la création artistique au début du XXème siècle, une période riche en nouvelles découvertes technologiques mais aussi aux prises avec le premier conflit mondial.

        Si Friant est un artiste connu du public, il en va tout autrement de J. L. Burtin. C’est donc en sa compagnie et au fil de sa biographie que je vous propose de découvrir ce fonds plus en détail.

        JEAN-LOUIS BURTIN 1878-1940. SA VIE, SON ŒUVRE

        Dessin d’Émile Friant,1925 Jean-Louis Burtin (1878-1940) Sculpteur et collectionneur 

        La naissance

        Jean-Louis Burtin est le fils de François-Julien Burtin (1851-1909) et de Joséphine Schmauch (1857-1943). Il est né à Nyon dans le Canton de Vaud, le 27 janvier 1878. Il est le second d’une fratrie de quatre garçons, Louis décédé à l’âge de trois ans, Julien et Paul-Victor.
        Son père est meunier et se déplace régulièrement pour son travail. En 1878, il est en Suisse, en 1885 il arrive en Moselle et dans les années 1890, on le retrouve à Nancy.
        Installée tout d’abord au 54 puis au 97, rue Saint-Georges à Nancy, la famille Burtin emménage définitivement dans une maison que François-Julien fait construire 26, rue Martimprey, à proximité des Grands Moulins Vilgrain où il travaille désormais comme contremaître.
         

        LA RENCONTRE AVEC FRIANT ET LES ANNÉES DE FORMATION

        Le Port aux Planches

        Sans le savoir, les parents de Jean-Louis, en choisissant le quartier Oberlin, vont permettre à leur fils ainé, alors âgé d’une douzaine d’années, de faire la rencontre qui s’avérera déterminante pour son avenir.

        Bâtiment du Sport nautique de la Meurthe avant 1900 / Ph. Anonyme - Coll. Sport nautique de Nancy - Image’Est (FI-0660) 

        En effet, ce quartier se trouve non seulement proche du lieu de travail du père de Jean-Louis mais également à deux pas du Port-aux-Planches où le jeune garçon prend vite l’habitude de se rendre pour observer les grands s’adonner au sport nautique.

        Rameurs du Sport nautique de la Meurthe avec les artistes Bussière et Friant, jeunes membres du Club d’aviron en 1882 / Ph. Barco - Coll. Sport nautique de Nancy (FI-0660)

        Parmi les fidèles de ce sport, se trouvent Émile Friant (1863-1932) et Ernest Bussière9 (1863-1913). La présence régulière et assidue de Jean-Louis finit par intriguer Friant. Ce dernier lui propose de l’initier à ce sport qui semble tellement lui plaire. Rapidement le peintre10 se prend d’affection pour Jean-Louis et, entre deux balades en bateau, où le « p’tit Louis » tient la barre, il lui faire découvrir le milieu artistique de l’époque. Ce nouvel horizon qui s’ouvre au jeune garçon, au fil des rencontres et des mois, le fascine. Petit à petit l’envie de faire lui aussi partie de cet univers de création se fait de plus en plus pressante. Jean-Louis s’en ouvre à ses parents, mais ces derniers ne voient pas d’un très bon œil que leur fils ainé s’engage dans ce qu’ils perçoivent comme une vie de bohème, la situation financière de la famille exigeant des trois enfants qu’ils deviennent rapidement autonomes. 

        Jean-Louis se confie alors à Friant et lui fait part à la fois de son désir de se former pour devenir artiste et des réticences de ses parents. Son admiration pour Émile lui fait d’abord imaginer une carrière de peintre mais ce dernier, qui a bien compris la situation, l’oriente d’emblée vers le métier de sculpteur-statuaire-décorateur, un métier à la croisée de l’artisanat et de l’art et qui offre, en cette période d’Art nouveau, de très bons débouchés. Du fait de l’arrivée de nombreux optants, Nancy vit une période de construction sans précédent et les commandes publiques et privées ne manquent pas. Cette fois la proposition fait mouche, la perspective d’avoir un fils sculpteur-décorateur rassure les parents. L’avenir de leur fils est garanti, il aura une vraie profession entre les mains.

        Photo ancienne, archives familiales.  Jean-Louis Burtin est le premier, debout à gauche.

        À l’École municipale et régionale des Beaux-arts

        Ils donnent leur accord pour son inscription à l’École municipale et régionale des Beaux-arts et Jean-Louis entre en formation le 3 novembre 189711 en classe de dessin et de peinture. Il a notamment comme enseignant le peintre Larcher (1849-1920), directeur de cette école. Il quitte l’École le 31 mars 1900. Du 5 novembre 1900 au 30 novembre 1903, il suit les cours d’Ernest Bussière qui l’apprécie particulièrement, et travaille avec lui dans son atelier, où il se perfectionne en modelage, sculpture sur bois et sur pierre, composition décorative.
         Au cours de ces années d’apprentissage chez Ernest Bussière, il côtoie Alfred Finot (1876-1947), qui sera aussi son enseignant et avec lequel il travaillera en 1902 au monument12 du peintre Charles Sellier et Joseph Mougin (1876-1961) pour lequel il fabriquera beaucoup plus tard des moules.

        • Monument à Charles Sellier (1903). Sculpteur A. Finot. Parc de la Pépinière

        • Photographie ancienne, archives familiales. Jean-Louis en train de sculpter son modèle, non datée.

        Voici une série de dessins signés Burtin que j’ai eu la possibilité de photographier avant leur dispersion. Certains sont des travaux réalisés pendant les années de formation à l’École des Beaux-arts. 
        Ce genre de travaux, dans les ateliers, était surtout fait pour s’exercer au dessin du corps nu.

        • Dessin signé L. Burtin 1898. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        • Dessin signé J. L.Burtin, non daté. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        • Dessin, buste de jeune fille. Signé JL Burtin 1898.  École municipale régionale des Beaux-arts. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        • Étude de nu. Signé L. Burtin, non datée, signée en bas à droite. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        • Étude de nu. Non datée. Signée en bas à droite J.L Burtin. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        LES PREMIERES RÉALISATIONS ET L’ENTRÉE DANS LA VIE PROFESSIONNELLE

        © Région Grand Est - Inventaire général / Ph. D. Bastien IVR41_935402068VA_2
        Photo Mô Frumholz-Burtin.

        La villa Les Glycines et le Salon Lorrain

        En 1902 toujours, Il sculpte avec son collègue et futur associé Émile Georges Surmély (1875/1921)13 la cheminée en calcaire de la salle à manger, dessinée par Émile André pour la villa Les Glycines à Nancy. La finesse du motif de branche de citronnier dans le bas-relief de cette cheminée est particulièrement remarquée et appréciée.

        Il expose également un buste qualifié de « superbe » au Salon Lorrain14. Il s’agit d’une tête d’enfant en plâtre. Il peut peut-être s’agir de l’enfant rieur d’après Donatello que voici :

        Au salon de 1903, il expose un autre buste15, celui d’« une femme décolletée au visage peu aimable16». Je n’ai hélas trouvé aucune précision supplémentaire concernant cette œuvre.

        L’Exposition d’Art décoratif aux galeries Poirel

        Le 8 janvier 1904, Émile Georges Sumely et Jean-Louis Burtin forment entre eux une société, la société Surmely et Burtin pour l’exploitation d’un atelier de sculpture décorative, artistique et industrielle dont le siège est fixé temporairement 16, rue Martimprey et transféré ultérieurement 7, rue Palissot à Nancy.

        La même année, les architectes Alexandre Mienville (1876-1959) et Eugène Vallin (1856-1922) font appel à ces deux sculpteurs lors de l’Exposition d’art décoratif aux galeries Poirel ainsi qu’à Auguste Vallin (1881-1967) et à Auguste Vautrin (1868-1921) de la Maison Paul Cayotte. Les quatre artistes se réunissent afin de délimiter les tâches de chacun. Auguste Vallin exécutera les figures décoratives, les cariatides des pilastres, Auguste Vautrin, les floraisons qui les ornent et décorent les tympans, Burtin et Surmély toute la moulure de la galerie. Ces derniers se font particulièrement remarquer pour leur travail, comme en témoigne l’extrait suivant paru dans l’Est Républicain17: « La première galerie de la salle Poirel a été transformée en une véritable merveille. Le staff s'est prêté aux savants modelages, aux capricieuses fantaisies de l'Art nouveau. M. E. Vallin a donné les plans de cette galerie, M. Mienville en fut l'architecte, il eut comme précieux collaborateurs deux jeunes sculpteurs de grand talent et de beaucoup d'avenir, MM. Surmély et Burtin, élèves de Bussière ». 

        • 1904 - Exposition d'Art décoratif de Nancy Galerie d'entrée – Perspective (Collection François Nicolas) en ligne sur pboyer.fr

        • 1904 - Exposition d'Art décoratif de Nancy Galerie d'entrée - Côté droit (Collection François Nicolas) en ligne sur pboyer.fr

        Que d’effort pour élaborer ce décor qui sera détruit à la fin de l’exposition comme le regrette l’auteur (C. L.) de l’article paru dans La Liberté de l’Est18. On aperçoit une partie de ce travail sur ces cartes postales. Heureusement le fonds (58) présente de nombreux exemples des motifs décoratifs réalisés par Burtin ce qui permet de mieux se rendre compte de la nature du travail demandé. 

        Dans cette galerie Poirel, les visiteurs peuvent, par ailleurs, découvrir une autre œuvre de Burtin, un buste qualifié par le critique (C. L.) de La Liberté de l’Est « d’intéressant » mais dont je ne possède aucune reproduction. Il figure peut-être sur une des cartes postales éditées pour l’occasion. A moins qu’il ne s’agisse du buste de cette jeune femme ou de celui de cet homme représenté sur les deux dessins ci-dessous. 

        • Dessin préparatoire J. L Burtin ni signé, ni daté. Photo Mô Frumholz-Burtin.

        • Dessin J. L Burtin, ni signé, ni daté. Photo Mô Frumholz-Burtin

        Au Salon des arts décoratifs de Nancy, 1906

        Burtin expose régulièrement au Salon des arts décoratifs de Nancy. En 1905, il s’agit d’un buste en bronze19 ce que confirme le catalogue de l’exposition.

        Papier à en-tête, archives familiales, Photo Mô Frumholz-Burtin.

        L’année suivante, Burtin et Pierre-Roger Claudin (1877/1936) s’associent20 et exposent dans la section « arts décoratifs » maigrement représentés cette année-là, aux dires de l’auteur de l’article de L’Étoile de l’Est21, Émile Nicolas, une cheminée « très bien étudiée ». Cette œuvre consiste en un fragment de salle à manger, composé d’une cheminée et de deux petites portes pour le château de Belval à Saulcy dans les Vosges, propriété de la famille Nansé, riches industriels du textile. Les journaux parisiens se font d’ailleurs l’écho de ce succès.

        Un autre article dans L’Est Républicain22 nous donne plus de détails : « Les seuls beaux morceaux d’art décoratif lorrain sont un Vitrail de Grüber, où le mauve domine et un Intérieur de salle à manger de MM. Burtin et Claudin ». La composition de la cheminée fait le plus grand honneur à ses auteurs. En abandonnant les formes et les lignes que l’usage et la routine aussi ont consacrées, ils ont su faire du nouveau sans tomber dans l’exagération et la fantaisie outrée. Les parties architecturales se terminent par de jeunes frondaisons de fougère, tandis que la partie ornementale a été inspirée par la branche de cerisier en fructification. 

        Photo ancienne, archives familiales, cliché Mô Frumholz-Burtin

        A signaler aussi un panneau décoratif qui est inséré dans la partie supérieure de cette cheminée et qui se pare d’un paon, interprété avec beaucoup de sens ornemental. Les deux petites portes font penser à du Louis XVI, ou à de l’Empire, mais elles ont un caractère nouveau du meilleur goût ». 

        René d’Avril23 (1875-1966) de son côté fait ce commentaire : « Il s’agit d’une composition considérable, qui ne doit rien à la collaboration d’un architecte et dont les harmonieuses proportions ont séduit les plus récalcitrants aux formules nouvelles ».  Il poursuit : « Constatons d’ailleurs, que MM. Burtin et Claudin (ce qui est louable, surtout chez des jeunes gens) ne font pas fi de l’héritage du passé. Les deux portes rectangulaires, surmontées de trumeaux, qui accompagnent à dextre et à senestre, la cheminée (ornée d’un paon blanc) sont d’un excellent style qui n’est pas sans rappeler « l’ancien style ». La patine vieil ivoire de l’ensemble est très douce à l’œil ». 

        La Chambre de Commerce, 1908

        En 1908, les architectes Émile Claude Toussaint (1872-1914) et Louis Marchal (1879-1954) font appel à Burtin pour habiller le hall d’entrée du nouvel hôtel de la Chambre de Commerce. Le résultat est très apprécié si l’on en juge par ce commentaire dans L’Est Républicain du 26 août 1908 : « Le hall est sobrement décoré de staff, représentant des colonnades de pierre aux lignes pures. Entre les colonnes courent des motifs, sculpture du plus gracieux effet, et dus au talent de M. Burtin, un jeune sculpteur ».
        Burtin est également intervenu avec Claudin dans la salle des séances qui a d’ailleurs été restaurée en 2013, les couleurs pastelles aux murs ont été enlevées de façon à mettre en valeur les stucs réalisés par Burtin et Claudin que l’on voit sur cette photo du site jcb124.

        • Photo copyright site jcb1. La salle des séances en 1928 

        • Photos copyright site jcb1

        Photo copyright site jcb1
        Lumière intégrée dans les décors en stuc. Photo copyright site jcb1

        Toujours sur ce même site, les photos ci-dessus nous montrent ce décor au gingko bilboa, l’arbre aux 40 écus, plus en détail. 

        Par ailleurs, sur ce même site, il est précisé que dans l’Espace Gruber, dite salle des périodiques (actuelle salle Jean-Lamour), les frises végétales, des fougères, sont de Louis Burtin stucateur et de Pierre Claudin peintre, tous deux ont créé le décor stuqué des pièces du bâtiment.
        Dans la salle du conseil au premier étage, les stucs du plafond (Burtin) accueillent les ampoules au sein d’une composition en chardon (Lorraine oblige !), la fée électricité se confond avec le plafond !

        L’Exposition internationale de l’Est de la France, 1909

        La même année, on retrouve Burtin à l’œuvre sur le terrain Blandan. Le montage des différents palais en vue de l’Exposition internationale de l’Est de la France de 1909 va bon train sous la houlette de l’entrepreneur général M. Gustave Chenut. A Burtin et Claudin sont confiées les décorations en staff, stuc et carton pierre pour le premier et les décorations en peinture pour le second. Jean-Louis Burtin commence la pose des staffs et motifs décoratifs dans les deux premiers palais qui longent la rue du Sergent Blandan. La décoration de la façade du Pavillon des Chambres de Commerce de l’Est lui est également confiée par les architectes Toussaint et Marchal. L. Guingot (1864-1948) en assure la décoration picturale, qui rappelle le chardon lorrain. Il faut être fin prêt pour le 1er mai 1909 et le travail ne manque pas, sept palais/pavillons sont érigés, dédiés chacun à un secteur d’activités différent, témoignant ainsi du dynamisme économique mais aussi artistique de la Lorraine et il convient de les doter tous de beaux motifs décoratifs.

        Coll. Anne Walther Exposition 1909-044

        En effet, ce sont tout particulièrement les arts décoratifs qui sont mis à l’honneur dans cette Exposition qui sonne d’ailleurs le glas de l’Art Nouveau, et un pavillon leur est entièrement consacré. Les deux artistes y exposeront plusieurs motifs décoratifs dont ceux qui constituent le grand hall de la Chambre de Commerce évoqué précédemment25.  Un article consacré à cette exposition dans la revue Art et Industrie d’octobre 1909, fait état de dessins d’architectures présentés par J. L. Burtin et le fonds série 58 nous donne à voir différents motifs décoratifs produits par J. L. Burtin. 

        Coll. Anne Walther Exposition 1909-045

        À cette Exposition, Burtin expose avec Pierre-Roger Claudin, une peinture d’assez grande taille intitulée Premier effroi. La toile reprend le thème de la nymphe surprise au bain par des satyres, mais déclinée en variante enfantine : la nymphe est une petite fille et les satyres des gamins fantasques et polissons. S’agissant d’une peinture décorative, la toile est pensée en fonction d’un endroit précis tant au niveau de l’échelle que du dessin et du coloris.
        Pour le critique de L’Est Républicain, la collaboration de Claudin avec Burtin est des plus fertiles et montre le goût et le degré d’habileté des jeunes décorateurs. 
        Les visiteurs peuvent également admirer à ce Salon un médaillon (plâtre) représentant le « Portrait de Melle M. », qualifié par la critique de « vigoureux26».
        Burtin ne s’implique pas seulement comme artiste dans la préparation de l’Exposition internationale de 1909, mais aussi comme souscripteur27 et comme organisateur/acteur au sein de la Commission des Fêtes et du Comité du cortège historique. Il a de toute évidence sa part dans l’immense succès28 qu’a rencontré cette exposition auprès du grand public, satisfaction qui l’a sans doute un peu aidé à dépasser la mort de son père en août de cette même année.

        Charles Demange, Les Annales politiques et littéraires, décembre 1909
        Hôtel des Voyageurs, dit Grand Hôtel d’Angleterre et Café de l’Excelsior. Salle, plafond, détail. Inventaire du patrimoine. © Région Grand Est - Inventaire général / Ph. C. Rose IVR41_765404765X_2

        Le Salon de Paris 1910

        En 1910, Burtin est reçu au Salon de Paris29 avec un médaillon en bronze de M. Charles Demange (1884-1909)30, jeune écrivain, neveu de l’académicien Maurice Barrès (1862-1923) et qui s’est suicidé par amour pour Anna de Noailles en se tirant une balle dans la tête. 
        Il réalise la même année, avec le sculpteur-modeleur Galetier, les moulures, moulurations, poutrages, voussures de fenêtres ainsi que les flambées de fougères accrochées au plafond dans la Brasserie L’Excelsior inaugurée le 26 février 1911.

        Le nouvel Opéra, 1911

        Comme on peut le constater, les premières années professionnelles de Burtin sont riches, variées et très chargées en activités. Dès son entrée dans la vie professionnelle, cet artiste est apprécié par les principaux acteurs de l’École de Nancy qui font appel à lui. Ce succès rapide ne lui monte pas à la tête, il continue au contraire à s’investir dans son travail, visant toujours à produire le meilleur de ce qu’il peut donner pour satisfaire ses commanditaires.

        En 1911, il apprend par J. Hornecker (1873-1942) qu’il sera chargé avec Surmely des sculptures extérieures ornant les façades du nouvel Opéra en cours de reconstruction, la réalisation des masques du péristyle et du foyer revenant à Bussière. Font suite deux photos de mascarons (parmi les onze) visibles sur la façade, côté rue Sainte Catherine, de l’Opéra national de Lorraine.

        • Photo Mô Frumholz-Burtin

        • Photo Mô Frumholz-Burtin.

        Salon des Arts Décoratifs de Nancy, 1912

        Au salon des Arts Décoratifs de Nancy en 1912, Burtin expose des pendules, de style moderne en bois sculpté et un vase ornemental dont on trouve les illustrations dans la revue Art et Industrie de janvier 1912, accompagnée de cette critique signée Émile Nicolas : « Le vase ornemental de l’excellent sculpteur J. L. Burtin est d’une belle pureté de lignes. Ce même artiste a composé très heureusement des pendules en bois sculpté qui attestent le goût le plus raffiné et l’invention la plus distinguée. C’est là de l’art décoratif bien conçu qui ne peut que recevoir l’approbation de tous, même de ceux que la nouveauté effraie ». 

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        [1] SPAD est l’anagramme de la Société de Production des aéroplanes Deperdussin. C’est également le nom donné au nouveau chasseur fabriqué par cette société. Ce nouvel appareil équipait les escadrilles pendant la première guerre mondiale. Les sergents Boillot et Joubert, les lieutenants de Geoffre, Plane, Bérard, Hertz, Fetter, Naudeau, Fournier, le Barbu, Frimat, Grabas, de Landrian, le capitaine de Séguin faisaient partie de la section de la SPAD 90.
        [2] Et également, Nu au fond du jardin, ainsi qu’une série de paysages. Voir C. Goichon, C. Émile Friant 1863-1932 Legs au Musée des Beaux-arts de Nancy. Le fonds d’atelier de peinture, ébauches d’une vie. Maîtrise d’Histoire de l’Art 2001/2002
        [3] On sait combien Friant a pris part, à sa manière, au conflit. Il a notamment participé à la septième, huitième et dixième mission d’artistes aux armées d’août, septembre et décembre 1917, puis à la douzième de janvier 1918 et réalisé de nombreuses affiches patriotiques.
        [4] Les photos sont réalisées en extérieur. L’histoire ne dit pas si elles ont été prises par Belliéni, Poiré ou par Burtin ou aucun des trois.
        [5] Sur cette thématique du regard, le lecteur pourra se reporter à mon article « Émile Friant, à l’épreuve du regard ». In Catalogue de l’exposition A l'épreuve du réel : Les peintres et la photographie au XIXe siècle. Musée Courbet 2012 
        [6] Nous aurons moins de chance avec Burtin.
        [7] Le lecteur intéressé consultera C. Goichon, C. Émile Friant 1863-1932 Legs au Musée des Beaux-arts de Nancy. Le fonds d’atelier de peinture, ébauches d’une vie. Maîtrise d’Histoire de l’Art 2001/2002
        [8] On trouve également dans le fonds différents portraits des deux artistes
        [9] Bussière avait rencontré Friant à Paris à l’École nationale des Beaux-Arts où ils étaient tous deux élèves, avec d’autres nancéiens comme Matthias Schiff. Ils étaient devenus de très grands amis. Friant avait Bussière en très haute estime et le considérait comme un artiste d’avenir. On se souvient qu’en 1884, Friant s’estimant déjà suffisamment connu pour espérer pouvoir vivre de son art, avait demandé à la Ville de Nancy de transférer la pension dont il bénéficiait à E. Bussière qui, lui, en avait le plus grand besoin. 
        [10] J. L. Burtin a quinze ans de moins que Friant
        [11] A l’époque, il était possible d’entrer à l’École des Beaux-arts une fois le certificat d’études en poche, c’est-à-dire vers 13 ans. Il a fallu à Jean-Louis un certain temps pour obtenir de ses parents l’autorisation d’entrer en formation.
        [12] Voir article de J. Durban « Jean-Louis Burtin » in L’Est Républicain, 15 juin 1919 et également https://anosgrandshommes.musee-orsay.fr/index.php/Detail/objects/4642[10] J. L. Burtin a quinze ans de moins que Friant
        [13] Lui-aussi élève de Bussière.
        [14]Catalogue Exposition 1902. SHLML_WIENER_C_12_part_42.pdf 
        [15]Catalogue Exposition Salon 1903
        [16]In L’Etoile de l ‘Est 1904, SHLML_WIENER_C_12_part_06.pdf
        [17]L’Est Républicain du 29 octobre 1904, voir également SHLML_WIENER_C_13_part_31.pdf (Libéral de l’Est)
        [18]La Liberté de l’Est, 1904.
        [19]Catalogue de l’exposition Salon 1905 SHLML_WIENER_C_12_part_06.pdf
        [20]Ils s’installent dans un atelier de sculpture décorative artistique et industrielle, 54 rue Oberlin Nancy
        [21]In L’Etoile de l ‘Est 1906, SHLML_WIENER_C_12_part_16.pdf
        [22]In L ‘Est Républicain 1906, SHLML_WIENER_C_12_part_17.pdf
        [23]Écrivain lorrain qui commence sa carrière en rédigeant des articles pour de nombreux journaux dont L’Est Républicain. En 1907, il fonde le Couarail
        [24]jcb1.pagesperso-orange.fr
        [25]In Journal officiel de l’exposition, 28 juin 1909
        [26]SHLML_WIENER_C_13_part_49.pdf
        [27]In Exposition de Nancy, première année, n°8, juin 1906. Burtin fait partie des premiers souscripteurs du fonds de garantie mis en place dès 1904 pour permettre la création de cette exposition
        [28]D’après les registres de l’Exposition, ce sont plus de 2 millions d’entrées qui ont été enregistrées.
        [29]L’Est Républicain du 30/04/1910
        [30]Charles Demange est lauréat du prix des Annales politiques et littéraires. Il est l’auteur de deux ouvrages Notes d'un voyage en Grèce et Le livre du désir

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