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      • Etape L
      • Salines de Moyenvic, 3000 ans d'exploitation du sel

      • LA ROUTE DU SEL EN LORRAINE

      • Par Bruno Rondeau de l'Association Chemins faisant.

        Au cœur du pays du Saulnois et au bord de la Seille se dresse fièrement Moyenvic. Située entre Vic-Sur-Seille et Marsal, la commune de Moyenvic n’a pas la renommée de ses célèbres voisines. Cependant, elle fut autrefois une cité réputée, convoitée par les puissants, car elle abritait dans ses murs des salines.
      • Salines de Moyenvic, 3000 ans d'exploitation du sel
        • Plan de la saline extrait du livre de Fagon, 1724, Mémoire de la Saline de Moyenvic (Archives départementales de la Moselle). La saline possède ses propres fortifications. Les grosses masses noires sont les stères de bois qui arrivent par flottage par la rivière de la Seille. On distingue les cinq poêles à sel (quatre horizontales + une horizontale la poêle du roi). En bas à droite, les jardins à la française devant les bâtiments de l'administration.
          • 8 rue de Dieuze
          • 57630 Moyenvic ( 57 )
          • France
          • Lon. 6.5629138
          • Lat. 48.778949
      • Le sel était autrefois une denrée rare et chère, seul moyen de conservation des aliments et le sous-sol moyenvicois en possédait en abondance. L’exploitation du sel à cet endroit remonte environ au VIIe siècle avant Jésus-Christ. Les Celtes fabriquèrent les premières salines ; des grands fours en forme de U sur lesquels on posait des bassines pour faire évaporer la saumure (eau + sel) et récolter ensuite le sel dans des récipients en terre cuite plus petits.

        C’est du reste sur les débris de ces récipients que Moyenvic est construit. Des centaines de ces fours ont été retrouvés le long de la Seille et font l’objet actuellement d’un programme international de recherche archéologique. Plus tard, l’évaporation de l’eau salée se fera dans des poêles à sel en fer au centre de structures plus importantes que les seigneurs puis les évêques de Metz, les ducs de Lorraine et enfin le roi de France allaient se disputer. De cette époque, il ne reste plus que la porte d’entrée des Salines.

        Ce bâtiment est le dernier témoin d’une activité qui a fait la richesse de Moyenvic : la fabrication du sel. La Saline de Moyenvic s’étendait sur une surface d’environ six hectares dans la partie nord du village.

        Elle possédait ses propres fortifications. Elle était constituée de cinq poêles rectangulaires de 9 m sur 8. L’eau salée provenait d’un puits de 17 m de profondeur, garni d’un encadrement en bois et isolé sur son pourtour pour éviter les infiltrations. Il était alimenté par sept sources. La teneur en sel était de 12 à 13 %. La saumure était élevée par une pompe à chapelet (chaîne sans fin de maillons métalliques) actionnée par trois chevaux se déplaçant au trot.

        En 1745, un saumoduc fut même construit pour amener une saumure plus concentrée en sel depuis Dieuze. Des troncs de chênes creusés à la tarière furent emboîtés sur une distance de treize kilomètres. Les agriculteurs en retrouvent quelquefois des morceaux lorsqu’ils effectuent des travaux de drainage sur leurs exploitations. En 1789, dans le cahier de doléances de la ville de Moyenvic, on peut lire ceci à l’article 6 :

        " Que les eaux du puits principal des salines de Moyenvic, et dont on ne fait plus d’usage pour la formation des sels depuis qu’on y a introduit dans les salines les eaux du puits de Dieuze, parce qu’elles sont plus riches en salion, soient exactement et continuellement extraites, afin d’éviter le dommage que leur reflux et exhaussement dans le puits, faute d’en être tirées, causent dans les prairies voisines qui sont devenues stériles depuis ce reflux ".

        Une fois remontée du puits, la saumure est stockée dans des réservoirs appelés « bessoirs », elle est ensuite dirigée vers les poêles par un système d’écheneaux (conduites de bois).

        Coupe du puits salé extrait du livre de Fagon, 1724, Mémoire de la Saline de Moyenvic (Archives départementales de la Moselle). Puits de 17 mètres de profondeur alimenté par sept sources. La saumure est remontée dans une buse en bois par une chaine sur laquelle sont fixés perpendiculairement des morceaux de cuirs. La chaine est actionnée par des chevaux. L'eau est évacuée dans des réservoirs.

        Trois poêles sur les cinq fonctionnaient en même temps et en continu, les autres étaient à l’arrêt comme relais, pour permettre les réparations et les révisions. La mise en route s’effectuait donc alternativement.

        Poêles à sel, extrait du livre de Fagon, 1724, Mémoire de la Saline de Moyenvic (Archives départementales de la Moselle). Coupe de deux poêles à sel. Sur celle de gauche, on distingue les tas de sel qui ont été formés par les ouvriers. Posés sur des claies en osier, les tas sont ensuite basculés dans les magasins à sel sur les deux côtés de la poêle où il sècheront.

        Dans les poêles à sel, l’eau s’évapore lentement sous l’action du feu entretenu par les ouvriers ; les « salineurs ».

        Le sel est ensuite prélevé par les « socqueurs » qui le posent sur des claies. D’autres employés le stockent ensuite dans des magasins à sel. Le sel séjournait sept à huit jours dans les bancs (petits magasins à côté des poêles à sel) et demeurait ensuite six semaines en magasin pour y acquérir son dépôt avant la livraison.

        Cette opération se nommait « une cuite ».

        Soixante-dix personnes travaillaient en permanence sur le site de la saline. Quatorze employés à l’entretien des poêles, quarante-deux salineurs et socqueurs, deux contrôleurs des cuites, deux contrôleurs des bancs, deux contrôleurs des bois, deux gardes à cheval, deux employés de secrétariat, un portier,  quatre officiers. A cette liste, il faut ajouter le personnel des activités annexes (louage des chevaux, charrois, etc.)
        Un chapelain permanent viendra s’y ajouter lorsqu’en 1730 on érigea une chapelle à l’intérieur de la saline. Payé par le roi, possesseur de la saline, il percevait un salaire de 300 francs par an, 1 demi de sel, deux cordes de bois et 500 fagots.

        Pour alimenter les poêles, le combustible utilisé fut uniquement le bois. Une cuite nécessitait vingt-trois stères de bois. Il arrivait des forêts environnantes de Paroy, Réchicourt, Fribourg, Gondrexange, Lagarde et au-delà. Il était amené par chariots et déversé dans les étangs de Fribourg, d’Omeray et l’étang de Bru près de Donnelay. Le canal de flottage de l’Eaudonaire, c’était son nom, permettait ensuite d’acheminer les troncs jusqu’à Moyenvic.

        Avant la cession de la Lorraine au royaume de France, la saline de Moyenvic alimentait en sel les populations des Trois-Evêchés, Metz, Toul et Verdun. A partir de 1760, la production de la saline de Château-Salins suffisant pour couvrir les besoins intérieurs, la production de celle de Moyenvic était exportée vers l’étranger fournissant le sel au Luxembourg, au Palatinat, au margraviat de Bade, en Suisse et même au Wurtemberg. En 1789, cette exportation atteignait 100 000 quintaux. Le sel était débité à la mesure et non au poids. La mesure-type était le muid, qui se subdivisait en seize vaxels ou 256 pots ou 512 pintes ou en 1024 chopines. Ce n’est qu’à partir de 1750 que la vente au poids fut acceptée par les « gens de la chambre des comptes ». Ajoutons encore que les unités de mesure et de poids variaient suivant les lieux et les auteurs, ainsi en certains endroits le muid de sel valait 912 livres (1 livre = 0,4895 kg), à d’autres il était traité à 704 livres et il valait 800 livres pour la vente à l’étranger.

        Sous la Révolution, les salines nationales furent confiées à une régie locale, puis en l’An VI, le Directoire afferma les salines à une compagnie-association qui prit le nom collectif de Salines de l’Est.

        En 1831, la Compagnie des anciennes salines royales de l’Est comprenant celles de Dieuze, Moyenvic dans la Meurthe, Salins, Montmorot dans le Jura, Arc-et-Senans dans le Doubs ayant décidé de concentrer toute la fabrication du sel à Dieuze, arrêta la production à Moyenvic. La Saline n’était plus rentable !
        En 1843, la saline fut mise en vente.
         
        Le comte Yumuri (déjà propriétaire des salines de Dieuze, Vic et Saléaux) l’acheta et reçut l’autorisation par le gouvernement d’établir neuf poêles à sel en 1847.

        La saumure saturée à 25° provient d’un trou de sonde creusé dans l’enceinte de la saline et sur lequel est placé une pompe aspirante élévatoire mue par une machine à vapeur de la puissance de deux chevaux. Le nombre des hommes employés comme ouvriers est de 13. On produit alors à Moyenvic, 22000 quintaux de sel. La houille devait servir de combustible pour le chauffage des poêles. En janvier 1897, l’exploitation cesse à Moyenvic.

        Extrait du journal "Le Lorrain" du 21 janvier 1897 : " l’exploitation de la saline de Moyenvic a été suspendue depuis le commencement de l’année et la plupart des ouvriers ont été congédiés. Bien que ceux-ci trouvent de l’occupation dans la saline de Château-Salins, la fermeture de celle de Moyenvic cause cependant un certain préjudice à la population. Les bassins sont démontés et certains bâtiments détruits ".

        Elle fut ensuite démantelée et vendue à différents propriétaires. La destruction presque totale du village en 1944 par les bombardements américains fit disparaître les quelques bâtiments encore debout. Seule la porte d’entrée résista.

        Après la Seconde Guerre mondiale, cette porte servit d’entrée à l’église provisoire du village. Plus tard, elle fut utilisée comme silo à grain.

        La porte qui menaçait de tomber a été récemment achetée par la commune, dernier témoin de l'exploitation du sel à Moyenvic.

        Porte de la saline restaurée, 2015
        Dernier bâtiment de la saline de Moyenvic, la porte abritait autrefois le logement du garde. Les employés, les charriots entraient par le portail situé à gauche du bâtiment.

        CHRONOLOGIE

        • -900, -200 : exploitation quasi industrielle du sel par les Celtes sur des fours à sel 
        • -200, 400 : occupation romaine, probable apparition des poêles à sel en fer 
        • Moyen Age, Epoque Moderne : les salines sont de véritables usines convoitées par les puissants (seigneurs, évêques, duc de Lorraine..) 
        • 1648 : le roi de France prend possession de la saline de Moyenvic, Traité de Westphalie
        • 1745 : construction d'un saumoduc pour amener une saumure plus concentrée en sel depuis Dieuze
        • 1789 : les salines nationales sont confiées à une régie locale et deviennent Salines de l'Est.
        • 1843 : mise en vente de la saline.
        • 1897 : fin de l'exploitation du sel à Moyenvic
        • 1944 : bombardements des derniers bâtiments

        BIBLIOGRAPHIE

        • HIEGEL Charles. L'industrie du sel en Lorraine, extrait de " position des thèses ". Paris : Ecole des Chartes, 1961.
        • HIEGEL Charles. Le sel en Lorraine du VIIIe au XIIIe siècle, les Annales de l'Est, 1981.
        • HIEGEL Charles. Les nouvelles salines du Saulnois aux XIIIe et XIVe siècles, Annuaire de la SHAL, 1980.
        • PENIN, Charles. Moyenvic : passé et présent d'un village lorrain du Saulnois, Charles Pénin. Sarreguemines : Pierron, 1988.
        • Mémoire de la Saline de Moyenvic, Fagon, 1724, Archives Départementales de la Moselle, 2F43.
        • Le Lorrain, 21 janvier 1897.
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