• Votre courriel
    Votre mot de passe
Itinéraires
Itinéraires
Etapes d'itinéraire
      • Etape N
      • Marsal : L’exploitation du sel de la Protohistoire au XVIIème siècle

      • LA ROUTE DU SEL EN LORRAINE

      • par Michel Remillon, président des Amis du Musée du Sel de Marsal

        En arrivant  par la porte de France dans la petite cité de Marsal, rien n’indique au visiteur le passé multimillénaire de l’exploitation du Sel.  Si ce n’est l’origine étymologique  propre à la région du  Saulnois  « Pagus salinensis » et Marosallum qui donna Marsal.
      • Marsal : L’exploitation du sel de la Protohistoire au XVIIème siècle
        • © Parc naturel régional de Lorraine
          • Place d'Armes
          • 57630 Marsal ( 57 )
          • France
          • Lon. 6.6093873
          • Lat. 48.7885483
      • Le sel, un besoin vital pour l’homme

        Avec la sédentarisation de l’homme au Néolithique, le sel devient un élément essentiel de la vie quotidienne pour la consommation humaine, pour la conservation des aliments et des viandes ainsi que pour les animaux domestiqués. Un mouton par exemple a besoin de 15g de sel par jour.

        Il est possible, sans avoir de date précise, que l’exploitation des résurgences de saumure naturelle situées à Marsal  ait débuté il y a plusieurs millénaires.

        Le briquetage de la seille

        Vers 1740, l’architecte militaire, Artezé de La Sauvagère (1707-1782), travaillant à l’entretien des fortifications de la ville, décrit dans un ouvrage, un immense dépôt confus de boudins d’argile accumulés sur plusieurs mètres sous la ville de Marsal. Il attribue alors l’origine de ce dépôt à la période Romaine ; C’est lui qui le premier parlera du « Briquetage de la Seille », terme utilisé depuis par les archéologues du monde entier. Il faudra attendre 1907 et les recherches menées par l’administration Allemande, pour que Jean-Baptiste Keune (conservateur du Musée de la cour d’or de Metz)  fasse la relation entre la présence du briquetage dans la vallée de la Seille et l’exploitation du sel à la protohistoire. 

        ©INRAP Briquetage de la Seille

        Après les deux conflits mondiaux, en 1970, Jean-Paul Bertaux mandaté par la DRAC Lorraine évalua le volume de briquetage présent sous les villages de Marsal, Moyenvic, Vic sur Seille (Chatry), Burthecourt et Salonnes à plusieurs millions de mètres cubes. C’est à la suite de ces recherches que fut ouvert le Musée de Marsal en 1973.

        Ainsi, cette accumulation de déchets industriels a permis selon les chercheurs de constituer des radiers permettant la construction de cités en milieu marécageux ; Ces volumes considérables attestent donc d’une activité très ancienne et qui est devenue quasi-industrielle au début du 7ème siècle avant Jésus-Christ.

        La technique des fourneaux en terre cuite persiste probablement jusqu’au 1er siècle av JC (période de la Tène). Elle sera ensuite remplacée par les poêles à sel en fer. 

        Le projet « Briquetage de la Seille   2001-2017 : Compréhension des techniques et recherches paléo-environnementales

        © Musée des Antiquités Nationales

        Afin d’approfondir les connaissances sur l’histoire de l’activité salifère dans la vallée de Marsal, un programme de recherches a été confié au Musée des Antiquités Nationales. L’Archéologue-chercheur Laurent Olivier  dirigea les équipes internationales  présentes chaque été à Marsal. En 2001, des études géophysiques ont permis de localiser très précisément tout un ensemble de sites d’exploitation datant du 7ème siècle av. J.C. enfouis à quelques mètres. De nouveaux fours en « fer à cheval » présents par centaines témoignent de l’activité intense des Sauniers à cette époque.

        Une histoire liée à la richesse de la nature

        La vallée de la Seille se situe au sud-est de la Moselle. Le bassin versant incluant également le ruisseau du Nard et la petite Seille. Le Nard rejoint la Seille à Moyenvic, la petite Seille à Salonnes.

        Un patrimoine naturel tout à fait exceptionnel

        La vallée de la Seille se situe sur des terrains sédimentaires dont l’origine remonte au Trias et au Jurassique (début de l’ère secondaire  -220  -180 millions d’années) surplombant un immense gisement salifère incliné vers l’ouest et s’enfonçant doucement sous le bassin Parisien.

        Au Trias,  l’océan « Téthys » recouvre une partie de l’Europe, ceci sous un climat tropical favorisant l’apparition de lagunes peu profondes entrainant le dépôt et la cristallisation du sel contenu dans l’eau de mer. Ces lentilles de sel ou évaporites seront recouvertes au cours des différentes ères géologiques par des dépôts argilo-calcaires, les marnes. Ce gisement s’orienta  doucement vers l’ouest à la suite de mouvements tectoniques liés à l’émergence des Alpes et la remontée du Massif Vosgien.
        Particularité du Saulnois : le toit de sel affleure à moins de 50 mètres de profondeur.

        Hydrologie et circulation souterraine des eaux dans la vallée

        © Parc naturel régional de Lorraine

        C’est la dissolution lente et régulière qui explique au hasard de failles, la remontée de saumure naturelle et qui  est à l’origine du phénomène des mares salées continentales du Saulnois .En fonction des saisons et des pluies, la richesse de la saumure peut varier de 16 à plus de 100 g de sel par litre.

        A la fin du 19ème siècle, des botanistes et professeurs de l’université de pharmacie de Nancy prirent conscience de la richesse de ces milieux naturels dits Halophiles. Camille Brunotte fut le premier à inventorier ces plantes inféodées au milieu salin.

        Depuis 1990, ces zones remarquables font l’objet de mesures de protection par l’union Européenne – programmes ACNAT, Natura 2000 en relation avec le PNRL, le Conservatoire des Sites Lorrains et les agriculteurs du territoire.

        Préserver ces milieux, favoriser la montée à graine des plantes passe par un retard des dates de fauche qui permet également aux oiseaux nidifiant dans la vallée d’échapper aux machines agricoles (Courlis cendré, Râle des genets et Tarier des prés).

        [Courlis cendré- Tarier des prés – Râle des genêts]

        Recherches archéologiques : « Trouver et comprendre »

        Au-delà de l’intérêt de mettre à jour les techniques de production, tout un volet lié aux conséquences paléo-environnementales d’une activité intense et longue est venu aiguiser les questionnements des chercheurs. Laurent Olivier et ses équipes en collaboration avec différentes universités Européennes et Américaines ont ainsi étudié les interactions Hommes-milieu à l’échelle d’une longue période de plus de 5 millénaires. En effet, comment imaginer que  5 millions de mètres cube de briquetage n’ait pas exigé des quantités phénoménales d’énergie, en l’occurrence du bois ?

        En 2004, des carottages ont été effectués dans la vallée proche de Marsal et ont révélé une accumulation de sédiments liés à l’activité humaine. Un déboisement accéléré entrainant une érosion des sols a rendu la vallée inaccessible et marécageuse, prouvant une fois de plus que les facteurs anthropiques ayant un impact fort sur le milieu ne datent pas de la révolution industrielle du 18ème siècle.

        Les salines de Marsal : De la période Romaine à 1699

        La période romaine donna son nom à la ville de Marsal « Marossalum ». La richesse de la ville est attestée par le passage de l’empereur Claude en 44 après Jésus-Christ, témoin cette stèle découverte au XVIIIe siècle rendant hommage à l’empereur, conservée au Musée de Marsal. Très peu d’éléments précis subsistent sur la saline qui se trouvait à l’extérieur de la ville et qui cessa définitivement son activité en 1699.

        Le premier document écrit concerne l’attribution à Marsal d’une poêle à sel à l’abbaye de Wissembourg et l’on sait que la technique de la chaudière utilisée ne subit que peu de changement jusqu’à la fin de l’ancien régime.

        Le commerce

        Au 1er âge du fer,  le sel constituait déjà une monnaie d’échange contre le silex, l’orfèvrerie, l’ambre de la Baltique ou le corail de Méditerranée. A l’époque mérovingienne, le sel était transporté sur la Seille  sur des barques à fond plat vers Metz, Trèves et la Rhénanie. Par voie terrestre, sur les anciennes voies romaines vers Strasbourg, Verdun et Reims. Au milieu du Moyen-âge, les abbayes de plus en plus nombreuses héritèrent de places à sel et possédaient sur place bâtiments, chaudières et entrepôts. On sait qu’au IXème siècle, le Barrois s’approvisionne en sel à Marsal et à Vic suite aux invasions Normandes contrôlant la côte Atlantique et les marais salants.

        Au Xème siècle la Seille appartient à l’évêque de Metz. Le port de Metz sert alors d’entrepôt du sel vers l’aval. Il fallut curer la Seille au 14ème siècle jusque Vic sur Seille afin de la rendre à nouveau navigable. Mais avec l’arrivée des Ducs de Lorraine dans le Saulnois, la voie terrestre reprit à nouveau.

        Les ecclésiastiques

        Au VIIIème siècle, l’évêque de Strasbourg possède une place à sel à Marsal. Chrodegang évêque de Metz fait don d’une poêle à l’abbaye de Gorze en 754.

        Laïcs et religieux au XIIème siècle

        L’augmentation de la natalité et de la population provoque un développement important de l’agriculture et du commerce. Des besoins nouveaux liés à la création  de petites entreprises dans des bourgs-centre : c’est le renouveau du XIIème siècle, période médiévale charnière. Metz reste le centre de vente du sel de Marsal. Les seigneurs laïcs restent propriétaires des sources salées mais l’église et les abbayes sont de plus en plus présentes.

        Pour Marsal par exemple, l’abbaye de Saint-Mihiel tirait bénéfice du sel depuis la période Carolingienne. L’origine des droits de propriété est difficile à établir. Dès 1147, Villers Bettnach est présente également. Toute une série d’établissements religieux vont alors se succéder à Marsal. Clairlieu, Troisfontaine, Graufthal, Prum, Trêves, Worschweiller, Chatillon, l’Isle en Barrois, Cherlieu, etc…. parfois des abbayes très lointaines qui  s’enrichissaient sans présence réelle. On dénombra jusqu’à 60  abbayes touchant leur écot sur le sel de Marsal ! Parmi les seigneurs, laïcs : les seigneurs de Marimon, Mathilde de Hombourg, les seigneurs d’Amance, les comtes de Salm, etc.

        La fiscalité épiscopale

        Les exploitants devaient payer à l’évêque des droits de location et d’exploitation. L’évêque était représenté à Marsal par le « Villicus » qui assurait le contrôle des salines et des poêles. Il percevait l’impôt pour l’évêque. Cependant la situation fiscale était confuse puisque par exemple l’abbaye de Neumunster était exempte de droits. Privilège peut être dû au fait que Clémence de Neumunster fut à l’origine de la construction de la collégiale à partir de 1222 ? A partir de 1250 plusieurs routes partant de Marsal acheminèrent le sel vers l’Allemagne via Albestroff, Sarralbe, Herbitzheim, Rimling. Une autre partant vers Dieuze, Mittersheim, Lixheim  vers Strasbourg.

        Des techniques qui évoluent

        Au niveau des sources salées abondantes sur le ban de Marsal était creusé un puits (puteus salis) peu profond ceinturé de madriers de bois. Le droit de tirer la saumure portait le nom de « jus ciconia ». Le système à bascule avec lequel on puisait l’eau « ciconia » faisant penser au cou d’une cigogne, déversait la saumure ou muria vers des canaux en bois avant de rejoindre les chaudières. Avant évaporation et cristallisation on mesure le titre ou concentration en sel. Pour designer l’ensemble du dispositif on parlait de sessus, sessa, sessio, ou sessis. Les chaudières étaient fabriquées en fer et en cuivre. Le tonnage produit est très difficile à évaluer. La mesure utilisée pour la commercialisation était le muid (environ 3 kg).

        Les ducs de Lorraine et le monopole des salines de la fin du Moyen Âge au XVIIe siècle

        Après la victoire de René II sur les Bourguignons en 1477, la Lorraine devint un véritable état. La majorité des salines du Saulnois sont aux mains des ducs de Lorraine à l’exception de Vic et Marsal qui restèrent possession des évêques jusque 1573.

        Les ducs  Charles  III et Henri II instituèrent le monopole ducal sur le sel tout en prenant soin de réduire la consommation de bois qui posait problème aux populations locales. Pendant la guerre de 30 ans (1618-1648) le Saulnois est occupé par la France qui préserve de la ruine la saline de Marsal.

        La saline de Marsal à « bail »

        Dés 1420, les évêques donnèrent à bail la saline de Marsal aux ducs de Lorraine ; ceci pour des durées courtes, 3 ou 6 ans. Mais à partir de 1582, Charles III abandonne la régie au profit de la ferme. Marsal rapporta ainsi en moyenne 25000 francs par an au duché.
        Les fermiers sont tenus de produire une quantité de sel. Le prix de vente du sel est de 26 francs, 6 gros par muid pour les Lorrains et 20 francs le muid pour le sel d’exportation. La gabelle n’étant pas encore appliquée en Lorraine à cette époque.

        Les ducs nommaient les gouverneurs des salines. Entre 1603 et 1623, Emmanuel Remy, fils du procureur général de Lorraine exerça à Marsal. En général la charge se transmettait de père en fils. En 1600 la recette totale des salines de Lorraine s’élève à 1 325 243 francs dont 237 325 pour Moyenvic et 92 853 francs pour Marsal.

        Production de la saline de Marsal :

        • 1569 : 5089 muids soit environ 15 tonnes
        • 1572 : 5966 muids soit environ 18 tonnes

        Un problème récurrent : le combustible

        L’approvisionnement en combustible des salines devient de plus en plus difficile avec le caractère industriel de l’activité.

        © wikipédia
        Réduction de la place de Marsal en 1663 – Tapisserie des Gobelins

        Jusque 1780, le bois reste le seul combustible. Au milieu du 17ème siècle les forêts locales sont rasées entrainant un mécontentement général de la population. Bois de chauffage trop onéreux et manque de bois pour les bâtiments et ustensiles agricoles. Marsal n’échappe pas au problème même si sa saline est de taille moyenne par rapport à Moyenvic et Dieuze. L’acheminement du bois se faisait à Marsal par des voituriers, le bois provenant souvent de forêts  très éloignées.

        Moyenvic disposait d’un canal de flottage sur le Nard. Afin d’économiser le combustible, on testa un bâtiment de graduation à Dieuze construit par des ingénieurs Saxons. Compte tenu de sa capacité de production moyenne, à partir de 1660, la saline de Marsal  déclina et cessa définitivement toute activité en 1699. Une autre histoire l’attendait avec la prise de la cité par le roi Louis XIV.

        Le puits salé situé au nord de la ville fut comblé et nulle trace aujourd’hui ne permet d’imaginer sa présence en bordure de la vieille Seille.

        Le sel : pouvoir et convoitises : Marsal, une histoire liée au sel

        A partir du XIIe siècle, les évêques et les ducs de Lorraine n’ont cessé de se disputer le contrôle de Marsal. En 1259, Ferry III duc de Lorraine confie à son oncle Jacques de Lorraine  la saline. C’est de cette époque que datent les premières fortifications de la ville. Mais ce n’est qu’en 1593 après une série de conflits larvés que la cité devint ducale. On a battu monnaie à Marsal  jusque 1440. Ceci prouvant la richesse de la cité. Quand le roi de France Henri II occupa les Trois-Évêchés en 1552, il mit la main sur la ville jusque 1593, date à laquelle la ville échoit à nouveau aux Lorrains.

        La splendeur du sel Lorrain

        Pendant un demi-siècle, Charles III, Henri II et Charles IV de Lorraine vont à nouveau tirer bénéfice du sel de Marsal. Cette période marque l’apogée des revenus  tirés des salines  par les ducs de Lorraine. 50% des finances des duchés ! Sur le frontispice du tombeau de Charles III mort en 1608 apparaissent les salines ducales.

        La Guerre de Trente Ans

         

        Débutée en 1618 après la défénestration de Prague, le conflit ne gagnera la Lorraine qu’en 1630. La ville de Moyenvic fut prise par les troupes de Richelieu. Les turpitudes du Duc de lorraine Charles IV ne respectant aucun de ses engagements vis-à-vis du Roi entrainèrent en 1663 la prise de Marsal et la saline avec ! 1699 sonna la fin des salines de Marsal.  Et la cité devint une place forte stratégique contrôlant la route de France imposée au duc de Lorraine à la fin du conflit en 1648. Les fortifications ducales furent remaniées par Vauban à la demande du roi. Les troupes furent logées dans les casernements toujours visibles de nos jours. À la mort de Stanislas, beau-père de Louis XV qui entraina le rattachement définitif des duchés au royaume de France, la cité perdit tout intérêt sur le plan militaire si ce n’est quelques travaux qui seront effectués sous Louis Philippe après 1840. En 1870, une garnison encore présente résista bien quelques temps à l’avancée des Prussiens mais l’intégration à l’Empire allemand pour 48 ans sonna le glas du patrimoine militaire démantelé par les autorités allemandes. Seule la Porte de France, classée Monument historique, les trois casernes attenantes et la magnifique collégiale Saint-Léger témoignent du passé prestigieux de la cité de Marsal.

        Sources

        Projet briquetage de la Seille, rapport archéologique de Laurent Olivier, Conservateur du département du 1er Age du Fer, Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain en Laye

        BRUNOTTE Camille, Les marais salés de la vallée de la Seille au point de vue botanique, Nancy, école supérieure de pharmacie de Nancy, 1896

        CABOURDIN Guy, Encyclopédie illustrée de la Lorraine, L’époque médiévale, Presses Universitaires de Nancy, Editions Serpenoise, 1990

        CABOURDIN Guy, Encyclopédie illustrée de la Lorraine, Les temps modernes : De la Renaissance à la guerre de Trente ans, Presses Universitaires de Nancy, Editions Serpenoise, 1991

        HIEGEL Charles, Recherches sur l’industrie du sel en Lorraine jusqu’au  début du XVIIe siècle, 1960 – Non édité en maison d’édition

        REMILLON Michel, Les mesures agro-environnementale (Mesures ACNAT – Actions communautaires pour la nature), Mesures Natura 2000

        Les vulgarisations scientifiques du Parc naturel régional de Lorraine, L’exceptionnelle vallée de la Seille, volume n°1 - 2007

      • Les médias de cette étape
      • Aucun résultat
Recevez notre newsletter