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      • Etape H
      • Le quartier du Longdoz

      • LE BASSIN SIDÉRURGIQUE LIÉGEOIS

      • Jusqu’au 19e siècle, l’Ourthe et ses diverticules caractérisaient la partie est de Liège. La rivière se divisait en deux bras à Angleur : celui de gauche conduisait vers le confluent actuel et celui de droite traversait les quartiers des Vennes, du Longdoz et d’Outremeuse, avant de rejoindre la Meuse, en se divisant en de multiples ramifications et biefs autour de petites îles.
      • Le quartier du Longdoz
        • La Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège, 2020 © Province de Liège - Musée de la Vie wallonne (Dominique Crosset).
          • Boulevard Raymond Poincaré 17
          • 4020 Liège ( BE )
          • Belgium
          • Lon. 5.5801225
          • Lat. 50.6305438
      • Depuis le 17e siècle, de nombreuses roues hydrauliques y actionnaient les marteaux appelés makas ou des moulins de tannerie, de papeterie, de farine… Certains subsisteront jusqu’à la fin du 19e siècle.
        Entre 1853 et 1863, la Ville de Liège entreprend un grand plan d’aménagement de la Meuse, visant à lutter contre les inondations, à éliminer les multiples bras que le manque de débit rendait malsains et à améliorer les conditions de navigation. Le canal de dérivation des eaux de la Meuse et de l’Ourthe faisait partie de ces travaux, ce qui a modifié considérablement le quartier. À partir de 1902, les travaux de rectification de l’Ourthe se poursuivent en préparation à l’Exposition Universelle de 1905. On comble alors divers méandres qui rendaient les terres inondables pour créer la plaine des Vennes. Enfin, c’est durant la première guerre mondiale que se terminent les travaux de comblement de l’ancien cours de l’Ourthe.
        L’appellation Longdoz, « longum dorsum », long dos, fait référence à un long pré qui longeait la partie du cours de l’Ourthe qui rejoignait la Meuse en Outremeuse.
        Le quartier commence à s’urbaniser en 1834, quand la Ville décide de le traverser par une route, la rue Grétry, qui mène vers l’Allemagne et le mouvement s’amplifie avec la création, en 1851, de la gare ferroviaire du Longdoz reliée d’abord à Namur, puis, dès 1861, à Maastricht. À l’endroit où la galerie commerçante Médiacité longe aujourd’hui la rue Grétry, la Compagnie du Nord érige une nouvelle gare en 1877, inspirée de celle du Nord à Paris. Elle deviendra le cœur de cette artère commerçante prospère. Elle a été démolie en 1975, à une époque où l’on était peu sensible à ce type de patrimoine architectural.
        C’est dans ce contexte qu’a été construit le bâtiment qui abrite la Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège: la ferblanterie Dothée, démarrée en 1847. 

        Portrait de Martin Dieudonné Dothée (1812-1862), photographie de G. Jacoby © MMIL.

        La famille Dothée possédait déjà au 18e siècle des magasins liés au commerce de ferblanterie et de cuivrerie, installés alors derrière l’Hôtel de Ville de Liège. C’est cependant en 1839 que les trois frères Dothée fondent une société de fabrication de fer-blanc, dont l’aîné, Charles-Martin-Dieudonné, assurera la direction. Très vite gagnés par le succès, ils mettent en route en 1847 une nouvelle usine dans le quartier du Longdoz et y installent des laminoirs qui leur permettent de produire eux-mêmes les tôles de fer qui seront revêtues d’étain. Stimulée par l’implantation toute proche de la gare ferroviaire du Longdoz en 1851, la Société Dieudonné Dothée & Cie agrandit considérablement l’usine en 1855, notamment pour y construire des fours à puddler grâce auxquels elle maîtrise la fabrication du fer qu’elle travaille. En 1862, elle est achetée par une société de Seraing, la Société des Charbonnages et Hauts-Fourneaux de l’Espérance qui ajoute ainsi la fabrication et le laminage du fer à ses activités d'extraction du charbon, de cokéfaction et de production de fonte. En 1877, la nouvelle entreprise prend le nom de Société Anonyme métallurgique d’Espérance-Longdoz, qui gagnera une renommée internationale. Son siège social est établi près de l’usine originelle des Dothée, située dans le quartier du Longdoz.
        C’est aussi dans les locaux où se trouve le musée que Henri Borgnet, fils du directeur de la SA Espérance-Longdoz, fonde en 1881 un atelier de galvanisation qui, faute de place, s’installera en 1905 à Flémalle et deviendra la SA Phenix Works en 1910.
        Tout au long du 19e siècle, diverses usines et de nombreux ateliers s’implantent aussi dans le quartier, qui devient une véritable fourmilière industrielle. Il y en a tant, des fonderies, des chaudronneries, des robinetteries, des usines de construction de machines-outils et de moteurs, des usines de galvanisation et de construction métallique, un gazomètre, qu’il serait vain de vouloir les citer toutes, depuis 1826 et la Fabrique d’Épingles de Clément Francotte qui deviendra la plus importante de Belgique, jusqu’à la création en 1877 de l’usine de caoutchouc d’Oscar Englebert qui, sur un terrain proche de l’actuel Hôtel de Police, deviendra un des plus importants producteurs européens de pneus, en passant par la savonnerie Dubois, future usine Colgate-Palmolive, les usines de tabac Jubilé et Taf ou encore, en 1909, la SA des Pieux Franki, fondée par Edgard Frankignoul. 

        Publicité pour la société Pieux Franki, 1932 © MMIL.

        Malgré de nombreuses restructurations et délocalisations, dues souvent au manque de place pour assurer le développement des installations, le quartier conserve cette vocation jusqu’ au milieu du 20e siècle, lorsque les activités industrielles le quittent progressivement pour s’implanter ailleurs, dans les zonings proches des autoroutes. Ainsi, l’ancienne usine des Dothée voit ses activités diminuer lorsqu’Espérance-Longdoz déplace les laminoirs à Jemeppe en 1957 et inaugure sa nouvelle aciérie sur le site de Chertal en 1963. L’usine du Longdoz ne conserve alors que le décapage, la finition et l’emballage des produits fabriqués ailleurs. De même, l’usine de Pneus Englebert s’installe aux Hauts-Sarts en 1965, abandonnant les bâtiments qui seront démolis en 1967. Progressivement, le quartier du Longdoz se vide. Dans les années 1970, la Ville de Liège le réoriente vers le commerce, les loisirs et les bureaux. C’est la tertiarisation. Le Longdoz accueille désormais des maisons de repos, l’Hôtel de police, des banques ou des écoles qui réinvestissent parfois des lieux industriels. C’est le cas pour l’Ecole Supérieure d’Action Sociale (HELMo ESAS) qui occupe les bureaux d’Espérance-Longdoz, rue d’Harscamp. Des sites abandonnés sont démolis et d’autres deviennent des chancres urbains.
        La Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège est un autre exemple de réhabilitation. En effet, si on considère sa façade, on s’aperçoit rapidement qu’elle n’a rien de banal. Le musée est implanté dans la partie ancienne de l’usine des Dothée, construite en 1846. En 1961, ses propriétaires, la société Espérance-Longdoz, acceptent de transformer ce bâtiment à la demande d’un de ses ingénieurs, Léon Willem. Avec René Evrard, secrétaire de direction de la Compagnie générale des Conduites d’Eau, il avait rassemblé depuis quelques années une collection relative à la sidérurgie préindustrielle. En 1963, ils parviennent à sauver le haut-fourneau de Gonrieux (1693), près de Couvin, et le transplantent au musée. Ils recomposent ainsi une véritable forge « à la wallonne » au sein de l’ancienne usine et jettent ainsi les bases dans notre région d’une discipline naissante : l’archéologie industrielle.

        Le haut-fourneau de Gonrieux, exposé à la Maison de la Métallurgie © MMIL

        Ils poursuivent leur projet muséal et dans les années 1970, le musée devient une association sans but lucratif (asbl) suite à la fusion d’Espérance-Longdoz et de Cockerill-Ougrée-Providence. Quelques années plus tard, après la crise du pétrole, la société propriétaire, Cockerill, se sépare de cette infrastructure et la cède à la Ville de Liège. Il prend alors le nom de Musée du Fer et du Charbon et devient une division du Musée de la Vie Wallonne. À la fin des années 1980, la Ville connaît une crise financière sans précédent qui menace la survie du musée. Sous l’impulsion de l’Université de Liège et avec le soutien des sociétés Cockerill et Vieille-Montagne, le musée devient alors une asbl privée et prend le nom de Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège.
        La très grande partie des anciennes usines d’Espérance-Longdoz a désormais été démolie et les 3,7 hectares libérés ont été assainis. Un centre commercial, la Médiacité, a été construit sur ce terrain et inauguré en 2009. Son architecture, particulière tant par ses formes que par les matériaux utilisés, a été conçue par le célèbre architecte-designer Ron Arad, qui en a fait un point de repère urbain répondant à la gare des Guillemins dessinée par Santiago Calatrava. Média Rives, le nouveau bâtiment de la radio-télévision RTBF à Liège, s’y est accolé deux ans plus tard. Présentées comme de véritables atouts sociaux et économiques, ces nouvelles constructions donnent au quartier du Longdoz un dynamisme nouveau qu’il avait provisoirement perdu. 

        Le centre commercial Médiacité, Liège, 2020 © Province de Liège - Musée de la Vie wallonne (Dominique Crosset). 

        Sources bibliographiques

        LEFÈBVRE Pascal, La sidérurgie liégeoise au fil de la Meuse, in « Patrimoine Industriel Wallonie-Bruxelles, Acier wallon, un héritage pour l’avenir », coll. Des Usines et des Hommes, n°3, PIWB, 2011, p.38-47 
        RUESS Céline, Made in Longdoz. Métamorphoses d’un quartier industrie, Liège, Maison de la Métallurgie et de l’Industrie de Liège, 2016.
        WILLEM Léon, 450 ans d'espérance, la S.A. métallurgique d'Espérance-Longdoz, Liège, Éditions du Perron, 1990.

        FILM 

        La forge à martinet ou "maka" de Chaudfontaine, 1930-1931 © Province de Liège - Musée de la Vie wallonne.

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